Un petit coucou


boîte à mots

Samedi 7 janvier 2006
publié dans : Pensées, Rêveries Et Autres Elucubrations par Madison
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Samedi 7 janvier 2006

Je sortais de ma séance d’analyse. Je pensais à cet intérêt soudain pour les grands hommes du siècle dernier, aux hommes qui désertent ma vie (disons plutôt aux hommes que je déserte en ce moment), aux deux kilos pris pendant les fêtes, à la soupe de légumes que j’allais me faire en rentrant, à mon envie de lire un roman, au boulot qu’y m’attendait ce week-end, à ce que j’allais écrire pour le blog, au besoin de dormir un peu plus, à l’ongle que je venais de me casser, au froid qui me mordait les pieds, à mon bus qui venait de me passer sous le nez...

Un autre bus arrive mais ce n’est pas le mien. Quand il redémarre, j’entends une voix d’homme qui dit : « c'est incroyable ».

Je me retourne et je vois un vieil africain qui me regarde.

« C’est incroyable, répète-t-il. Deux visages. Celui de la dame qui vient de monter dans le bus et le votre. Le sien dégageait tant d'amertume et le votre tant de sérénité. Un visage comme le votre… c’est rare. Vous m'avez apporté la paix. De vous contempler m'a réchauffé le cœur. »

Je me suis sentie bizarre… surprise par la situation, par la spontanéité de cet homme, par les mots qu’il me disait, par la beauté sage et puissante de son visage.

« Ce sont des paroles comme les vôtres qui réchauffent le cœur, ai-je répondu."

Pas de sourire, juste un regard comme un merci mutuel. Le bus est arrivé. Nous sommes montés, la foule nous a séparé. Mais devions nous continuer à nous parler…

 

 

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Samedi 7 janvier 2006
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Vendredi 6 janvier 2006



Samedi 27 mars 2004, Paris 17ème.


Je rentre chez moi après une journée de travail. Je me dépêche, Angleterre/France va commencer dans quelques minutes.

Je trouve Mme C. dans la rue en train de discuter par la fenêtre avec Mme S. Je les salue. Malgré le froid et l’heure tardive, la situation ne me surprend pas. Mme C. et Mme S., mes voisines du rez-de-chaussée, toutes les deux très âgées, ont peu à peu perdu la notion du temps qui passe et du monde qui les entoure. Elles ne m’ont d’ailleurs pas reconnue. Je tape le code d’entrée, elles m’interpellent. Mme C. ne sait pas où elle a mis ses clés et ne peut pas rentrer chez elle. La gardienne est partie en week-end. Il va falloir trouver une solution. Je fais rentrer Mme C. dans l’entrée de l’immeuble et je lui dis que je vais m’occuper de tout. J’appelle la Police. Ils envoient une patrouille. Je préviens Mme C. qui est en grande discussion avec Mme S. 

Je remonte chez moi et guette le gyrophare par la fenêtre. Les rugbymen vont entrer sur le terrain. Soudain, je vois Mme C. qui sort de l’immeuble. J’enfile mon manteau pour lui courir après. Elle ne se souvient déjà plus que la Police doit arriver. Je la refais entrer dans le hall de l’immeuble. Elle s’assied au pied des escaliers, refuse de bouger. Mme S. lui tient compagnie.

Le match commence. Les policiers arrivent. Je descends me présenter. Je demande à parler en aparté à l’un des agents. Je lui explique que depuis plus d’un an, Mme C. et Mme S. ont perdu le sens des réalités. Qu’elles ont à tour de rôle mis le feu à leur appartement, qu’elles ne se souviennent plus qui elles sont, qu’elles se mettent régulièrement en danger. Je lui dis que Mme S. a un fils qui refuse de s’occuper d’elle. Que j’ai fait un signalement aux services sociaux de la Mairie du 17ème mais que rien ne bouge. Je lui dis que je n’ai pas fait de signalement pour Mme C. parce qu’elle est sous tutelle. Il me répond que nous sommes face à un vide juridique, que tant qu’un médecin n’a pas constaté une incapacité mentale chez ces deux dames, ils ne peuvent rien faire. Pourtant des médecins, il en défile souvent auprès de mes deux voisines. La prise en charge à 100 % a ses avantages pour qui veut profiter des vieilles dames. L’agent me demande de lui présenter ma carte d’identité au cas où il devrait faire un rapport. Mais, il doit d’abord parler de tout ça à son chef. Le chef et l’autre agent essaient désespérément d’obtenir l’état civil de Mme C. qui, malgré ses efforts, ne se souvient plus de son lieu de naissance.

Je vais chercher ma carte. C’est la mi-temps, la France mène. Quand je redescends, le chef me demande en désignant la porte, si c’est bien le domicile de la dame. Je confirme. Il me temps un petit papier avec le numéro d’un serrurier. « On s’en va. Vous n’avez qu’à appeler là, ils viennent rapidement d’habitude. » Il m’aurait donné un coup de matraque, je ne me serais pas sentie aussi hébétée.  « Vous allez partir ? Et c’est à moi d’appeler le serrurier ? » Il me répond qu’ils n’ont pas la possibilité de téléphoner. Devant mon indignation, il se tourne vers Mme S. pour lui demander d’appeler. « Mais vous n’aller pas lui demander à elle de faire ça ! Donnez moi ce papier » J’essaye de contenir ma colère pour éviter l’outrage à agent : je voudrai voir la fin du match.

La deuxième mi-temps a commencé. Au téléphone, il faut que je ruse, que le serrurier ne sente pas que la personne chez qui il doit intervenir n’a peut-être pas les moyens de payer. Je redescends et j’annonce que SOS Dépannage sera là dans une demi-heure. Les Policiers saluent et se retirent. Mme C. ne veut toujours pas bouger. Je rentre chez moi. Je suis abattue.

Les Anglais remontent au score. Je n’ai plus le cœur à regarder le match. Je passe la demi-heure qui suit à surveiller l’arriver du serrurier. Quand ienfin il apparaît, je décide de ne pas descendre, juste d’entrebâiller ma porte au cas où il y aurait un problème.

Monsieur Sarkozy, dormez tranquille. Votre police suit bien les procédures. Elle est là quand on l’appelle. Mais pour avoir le numéro de SOS Dépannage, j’aurais pu consulter l’annuaire. J’aurais aimé voir un peu d’humanité sous le bleu de l’uniforme. Que face au vide juridique, l’un des agents pense à sa mère, et prenne l’initiative d’appeler un médecin ou les services compétents.  N’ayant aucun lien de parenté avec mes voisines, moi, simple citoyenne, je ne peux pas prendre de décisions concernant leur état de santé.

Mme C. est rentrée chez elle. Je suis désespérée par l’absurdité de cette situation qui dure depuis trop longtemps. Messieurs Raffarin, Mattéi, Fillon et Falco, faut-il attendre la prochaine canicule pour que le problème de mes voisines soit définitivement résolu ou va-t’on enfin les prendre en charge ?

Coup de sifflet : la France a gagné in extremis. J’entends Bernard Laporte dire : « Je suis fier d’être français ! » A cet instant précis, j’ai du mal à partager son avis.

Le samedi soir en France, dans certains halls d’immeuble, la Police arrête des jeunes qui discutent et dans d’autres, elle abandonne des vieilles qui n’ont plus personne à qui parler.

Et demain, on doit aller voter…


Mes deux petites vieilles, mon Muppet Show, comme je les appelais affectueusement, n'habitent plus en bas de chez moi. Mme C. a obtenu une place dans une belle maison de retraite. Ce qui m'a vallu les foudres de l'infirmière et de la dame de compagnie qui venaient tous les jours et qui ne déclaraient pas à la personne tutelle la dégradation physique et mentale de celle avec qui elles étaient censées être bienveillantes. Mme S. a été amenée d'urgence à l'hopital un matin car malgré les plateaux repas de la mairie, personne n'était là pour vérifier si elle se nourrissait correctement. Je n'ai plus de nouvelles ni de l'une ni de l'autre...
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Vendredi 6 janvier 2006
Parce que comme le dit Joyce au moment où j'écoute cette chanson, un silence peut-être une musique...



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