« Je n’écris pas pour une petite élite dont je n’ai cure, ni pour une entité platonique adulée qu’on surnomme
J’écris pour moi, pour mes amis et pour adoucir le cours du temps. »
Ainsi parlait Jorge Luis Borges. J’ai relu récemment son « Livre de sable ». Treize nouvelles comme seuls les écrivains sud américains peuvent en écrire. Treize nouvelles comme seul Borges pouvait en écrire.
J’ai trouvé dans la nouvelle qui donne son nom au recueil un passage qui évoque étrangement ce qu'est la blogosphère :
« Il me demande de chercher la première page.
Je posai la main gauche sur la couverture et ouvris le volume de mon pouce serré contre l’index. Je m’efforçai en vain : il restait toujours des feuilles entre la couverture et mon pouce. Elles semblaient sourdre du livre.
- Maintenant, cherchez le dernière.
Mes tentatives échouèrent de même ; à peine pus-je balbutier d’une voix qui n’était plus ma voix :
- Cela n’est pas possible.
Toujours à voix basse le vendeur de bibles me dit :
- Cela n’est pas possible et pourtant cela est. Le nombre de pages de ce livre est exactement infini. Aucune n’est la première, aucune n’est la dernière. Je ne sais pourquoi elles sont numérotées de façon absolument arbitraire. Peut-être pour laisser entendre que les composants d’une série infinie peuvent être numérotées de façon absolument quelconque.
Puis, comme s’il pensait à voix haute, il ajouta :
- Si l’espace est infini, nous sommes dans n’importe quel point de l’espace. Si le temps est infini, nous sommes dans n’importe quel point du temps… »
















Adolescente, j'étais curieuse de son passé mais il ne voulait rien m’en dire. Pour lui, la guerre ne méritait pas qu'on en parle. Je n'ai compris son silence que plus tard, en lisant « Les Soldats de Salamine ». Il y a dans ce livre magnifique un vieil espagnol qui lui ressemble et qui refuse aussi d’évoquer les conflits passés. Ce livre, je le lui ai offert. C'est là qu'il a commencé à me raconter sa guerre, à me raconter sa vie. C'est là qu'il m'a transmis cette partie de l’héritage qui me revenait : celui de mes racines et de ma culture familiale.
Derniers Commentaires