
J'étais place Gambetta. Je devais me rendre rue Saint Dominique. Il faisait beau. Aucune envie de prendre le métro. J'ai sauté dans le bus 69. Son numéro m'inspirait pour ce voyage sans queue ni tête.
Le bus quitte la place pour longer plus bas le cimetière du Père Lachaise. Souvenirs de balades d'été à l'ombre des cyprès, au milieu des tombes célèbres ou moins célèbres.
Traversée du 20ème, empilement chaotique de bâtiments modernes de tous poils et de vieux immeubles à la limite du délabrement. Rue de la Roquette, descente au coeur du 11ème. Quartiers populaires, métissage de gens et de genres. Dans ma tête la chanson de Souchon : « C’est déjà ça ».
... Je suis assis rue d'Belleville
Au milieu d'une foule,
Et là, le temps, hémophile,
Coule...
Mairie du 11ème au croisement du boulevard Voltaire et de l’avenue Parmentier. Cinq ans de souvenirs amoureux, amicaux, professionnels, politiques. Une pensée : si je devais déménager, c’est par ici que je chercherais.
Le bus prend la rue du Chemin Vert. Je me rappelle d’une soirée dans un penthouse. Dans quel immeuble était-ce ? Et comment avais-je atterri là ? A cette époque, et après quelques soirées du même genre, je découvrais que tous les parisiens ne vivaient pas entassés comme des rats dans des 2 pièces cuisine.
Boulevard Beaumarchais vers la place de la Bastille et son petit ange doré qui me rappelle le Mexique. L’Opéra aux lignes modernes tant contestées. Moi, je l’ai toujours aimé. J’ai passé des après-midi entières à attendre dans le froid une place pour le soir même : la Flûte Enchantée, La Chauve Souris, le Bateau Fantôme, Porgy and Bess… Occasions spéciales avec des gens tout aussi spéciaux.
Entrée dans le Marais par la rue Saint Antoine, ces façades lisses et longilignes. Paris aux milles architectures et aux milles visages. Les touristes se mêlent aux hommes d’affaire en costumes, aux parisiennes en goguette et aux excentricités du quartier. L'Hôtel de Ville, la Tour Saint Jacques empaquetée pour travaux, la rue de Rivoli qui se déroule devant les devantures de ses magasins. Pensée triste pour les vitrines de Noël perdues de la Samaritaine.
Le bus s’engage sous les arcades du Louvre. Le passage est étroit. Fusion anachronique d’un véhicule du 21ème siècle avec des pierres chargées d’Histoire. Au milieu de la cour : la pyramide, magnifique sous ce soleil printanier. Au delà du Caroussel qui lui fait face : l’infinie grandeur de la capitale vers l’Arche de la Défense.
Traversée de la Seine jusqu’au Musée d’Orsay. Mon préféré. Choc visuel à ma première visite. Emotion des couleurs, redécouverte des peintres hors du papier glacé des livres d’art. Immense !
On prend la rue Solferino. Autres émotions, autre époque. J’ai scruté, je n’y ai pas vu les éléphants. Par les temps qui courent, ils doivent battre la campagne.
Du boulevard Saint Germain à la rue de Grenelle, les Ministères auxquels rêvent ces éléphants affichent leur majestueuse austérité. Contraste avec la clarté soudaine des Invalides. La coupole brille de tous ses feux. Flamboiement mégalomaniaque du petit Empereur qui repose en dessous.
Rue de la Tour Maubourg. C’est là que je dois m’arrêter. Je regarde ma montre, j’ai un peu d’avance. Je veux finir ce voyage. Je veux voir les jupons de la dame de fer qui n’en finit pas de me fasciner même après quinze ans de parisianisme.
Champs de Mars, tout le monde descend. Je lève le nez pour la regarder. Le soleil me fait plisser les yeux. Sensation de bien-être. J’aime Paris.
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