Dimanche 27 novembre 2005
R. revient me voir une semaine après notre partie à trois. C'est son anniversaire. Il a le cafard. Il s’assied devant mon PC. Il sélectionne quelques
mp3. Lance le lecteur. Il se tourne vers moi. Me pose des questions sur mon ex, mon boulot, ma vie. Je lui réponds. Je ne lui pose aucune question en retour. Il me racontera s’il veut.
Les femmes parlent trop en général. Avec le temps, j’ai appris à ne rien dire. Je suis une maîtresse muette. La femme à qui on n’a pas de compte à
rendre. Mes amies me disent que je devrais poser plus de questions, exiger plus de mes amants. Pourquoi faire ? Je ne les veux pas comme compagnons. Ils trompent leurs femmes. Pourquoi
agiraient ils mieux avec moi ? Et ma façon de faire ne doit pas être si mauvaise, puisqu’ils reviennent régulièrement.
« Alors R., elle est passée où la chaleur guadeloupéenne ? » Il esquisse un sourire. Je m’assieds à califourchon sur ses genoux. Je
caresse son crane rasé. Je descends le long de son cou, de ses épaules. Mes mains se resserrent sur ses biceps. J’aime les hommes musclés. Puissance protectrice. Sensualité des formes. Nos
regards se croisent. Je me mords la lèvre. Il resserre ses bras autour de mon bassin, me soulève et me pose sur le lit.
Il y a de la rage dans sa façon de me faire l’amour. Son regard ne quitte pas le mien. Par défi, je ne ferme pas les yeux. Même quand je sens la
première explosion de plaisir. Il maintient le rythme. La colère le stimule. Au bout d'un moment, je sens bien qu'il m'a oublié, qu'il est ailleurs. Je pose ma main sur ses yeux et lui
murmure : « Lâche toi ». Il rejette sa tête en arrière. Pousse un cri de libération. Il reste campé sur ses avant-bras, me regarde. Son visage paraît moins grave.
Il n’a plus jamais joui de cette façon.
Il se rhabille. Pas un mot. Sur le pas de la porte, il me dit : « Ma femme rentre demain. On ne se reverra plus. » Adieu R.
Un mois plus tard, mon portable sonne, son nom s’affiche : « Je peux passer ? ».
Lingerie sexy et une pointe de perversité font le bonheur R. Il agit comme s’il avait tout appris dans les films pornos. Attitude de proxénète, il
passe sa main dans ma culotte en guise de bonjour. En réponse, je passe ma main le long de sa braguette. Il a instauré des rituels. Il s'assied sur la chaise, je m'allonge sur le lit. On discute
un peu. Une phrase coquine ou un geste implicite, c'est toujours moi qui provoque le début des hostilités. Sinon, il peut repartir sans me toucher. Ce garçon est étrange. Après l'acte, (je ne
peux pas dire « après l'amour » avec R.), il ne reste jamais à mes côtés, il file sous la douche. Souvent je vais dans la salle de bain avec lui. Je m'assieds sur le lavabo, pose
mes pieds sur le rebord de la baignoire et on parle. On continue la conversation pendant qu'il se rhabille. Un petit bécot et il disparaît.
Il me pose toujours des tas de questions sur les autres. Au début, je ne voyais pas pourquoi. Un jour, il me demande :
Et si tu rencontrais un garçon dont tu tombes amoureuse. Que se passerait il ?C'est simple, quand j'aime, je suis fidèle. Je vous virerais tous autant que vous êtes.Même moi ?
Et là, je comprends. R. ne se considère pas comme un de mes amants. Il se place au dessus de la mêlée. Je fais partie de son cheptel, pas le
contraire. Je suis « sa » maîtresse, il n'y a pas de réciproque. Savoir que j'ai d'autres hommes dans ma vie le stimule. Se croire plus performant qu'eux le fait bander. Je ne démens
pas. Je rentre dans son jeu. Fantasme de la femme publique sans risque et sans regard extérieur.
A chacune de ses visites, il m’en raconte un peu plus sur sa vie. Bien des mois plus tard, il me dit qu’il a un petit garçon de 28 mois. Rapide
calcul, le gamin était à peine né quand on s’est rencontré. Je suis sur le cul, il ne m'en avait jamais parlé. Les hommes sont incroyables.
Parfois sa froideur, son manque de générosité me dérange. Coucher avec R. nécessite un certain état d’esprit. Il m’arrive de prétendre que je ne suis
pas libre quand il m’appelle. Je me dis qu’il pourrait disparaître de ma vie sans que j’en sois attristée. Mais de savoir qu’il me désire, qu’il continue à venir, me rassure. Pur orgueil.
publié dans :
L'Amour, Les Hommes Et Le Chocolat
par Madison
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