Jeudi 10 novembre 2005
Quand je ne suis pas devant mon PC, je lis. Les aventures de Laferrière à la rencontre des Américains me font rire. Certaines me rappellent des morceaux de ma vie.
« Qu’est-ce qui vous fait croire que les blondes sont attirées par les Nègres ? » J’ai passé un après-midi à
démontrer à U. que les Noirs sortaient souvent avec des blondes. Il ne me croyait pas, il préfère les brunes, tant mieux pour moi. On s’est assis sur un muret des Champs Elysées et on a
compté.
Entre ce que j'écris et ce que je lis, mes idées vagabondes. Je suis surprise chaque fois que je découvre dans le bouquin ce que j'ai pensé la veille
où la demi-heure avant. Toutes ses réflexions sur la couleur de la peau, les origines, le racisme, Michael Jackson, Spike Lee, les ghettos, je me les suis faites à un moment ou un autre.
Je me demande ce qu'il aurait écrit s’il avait traversé l’Europe au lieu des USA.
Europe colonisatrice, Amérique terre d'esclavage : est-ce de là qu'est née une différence de mentalité ? Pendant que l'Amérique exploitait le peuple
noir, l'Europe maintenait la servitude ouvrière. Traces indélébiles. Ici, le racisme prend sa source dans les problèmes économiques. Litanie lepéniste : l'étranger est cause de tous les maux
de la société. Il a plein de gosses, parfois plusieurs femmes, il ruine la Sécu et les Allocs. Il n'a même pas besoin de bosser avec tout ce que lui verse l'Etat. Et dire que vingt pour cent
d'abrutis croient à ces inepties. Ils sont pourtant bien contents qu'Il ramasse leurs ordures, l'étranger. Il est vrai que ces temps ci, le chômeur a faim, il voudrait bien ramasser les ordures
lui aussi.
Va et vient fascinant entre ce que Laferrière écrit et ce que j'en pense, entre ce que je pense et ce qu'il en écrit. Jusqu'à cette rencontre qu’il
fait avec Myrna, page 397, et qui m'assassine. Il est deux heures du mat, je suis dans mon lit adossée à une montagne de coussins. J'entame le chapitre. Quand tout à coup :
« A laquelle des filles...- Des Miz ?- Oui, à laquelle des Miz t'identifiais-tu ?- Aucune. J'étais toi. »
Je me redresse d'un bond. Ah non ! C'est moi qui ai pensé ça ! Je l'ai même écrit ! Je ferme le bouquin. Sentiment étrange. Impression d'être
dépossédée de quelque chose d’intime. Je me rallonge. Je rouvre le livre. Pourtant je ne ressemble en rien à cette Myrna. Mais je suis jalouse de cette rencontre. Depuis, le début, j'ai pris Dany
Laferrière comme interlocuteur et ses livres comme sa part de dialogue. Ce n’est pas juste !
Je décide d'en finir avec lui. Je lis les derniers chapitres. Je pose le livre sur la pile de ses autres livres, que j'ai acheté d'un bloc. Et
j'éteints la lumière.
publié dans :
L'Amour, Les Hommes Et Le Chocolat
par Madison
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