
Le sexe est pour moi une passion, un besoin, un plaisir, une philosophie, une curiosité scientifique et une lecture de l’autre. Une interrogation aussi. Comment ais-je appris à faire l’amour ? D’ailleurs, est-ce que ça s’apprend ?
J’ai toujours été étonnée des confidences de mes partenaires sur les femmes qu’ils ont croisées. La réflexion qui revient le plus souvent est sans nul doute : « Toutes ces filles qui font la planche ! » Pour moi, cette phrase est longtemps restée un mystère. Si encore mes compagnons de jeu avaient été des incapables, j’aurais compris. Dans un moment d’intimité, l’attitude de l’un peut entraîner le comportement de l’autre. Mais la plupart de ces messieurs n’ont jamais manqué ni de pratique, ni d’imagination. J'ai eu longtemps du mal à imaginer que certaines de mes congénères ne sachent pas se mouvoir et susciter le désir et le plaisir chez ces messieurs. Eprouvent-elles un quelconque plaisir elles-mêmes ?
Il est vrai que la chose est complexe. Il en va de l’histoire de chacun, de sa sensibilité, des rencontres faites, des blessures et des découvertes. En l’occurrence, j’ai eu de la chance. Après des premières fois maladroites et peu savoureuses, j’ai vécu avec mon ex mari une véritable complicité sexuelle. Nous étions jeunes et beaux et passions beaucoup de notre temps la culotte à la main. Nous avons expérimenté tout ce qui nous paraissait expérimentable, passant d’un fantasme à l’autre avec la facilité de ceux qui pensent pouvoir repousser sans fin les limites. Terribles les convictions qu’on peut avoir à vingt ans. Aujourd’hui elles me font sourire. Le territoire sexuel exploré en ce temps-là était certes vaste et imaginatif mais depuis, il s’est largement étendu. Et sans nul doute, je l’étendrai encore.
Après huit ans d’exclusivité, et quatre ans d’abstinence, faire l’amour avec un autre homme m’a paru la chose la plus étrange à vivre. C’était à la fois excitant et bizarre. Les paramètres n’étaient plus les mêmes, et pourtant c’était délicieux. Surprenant aussi quand au petit matin dans un murmure on vous glisse à l’oreille pour la première fois de votre vie : « Tu es formidable ». Cette phrase qui se voulait reconnaissante et peut-être flatteuse m’a vraiment posé un problème. Il faut dire qu’à l’époque, le cérébral l’emportait largement sur tout le reste. Et ma conception du sexe n’était pas aussi libérale qu’à l’heure actuelle. Coucher avec un homme faisait parti du package de l’amour. Si j’étais formidable, ça ne pouvait en aucun cas s’adresser seulement à cette partie érotique de ma personne.
Après Monsieur Formidable, qui a préféré rester dans les bras de sa Madame (formidable ou planche, je n’en ai jamais rien su. J’ai juste cru comprendre qu’elle n’aimait pas jouer de la flûte), j’ai rencontré Monsieur Lasemaineprochainejeteprésenteàmesparents. Nous nous entendions aussi bien verticalement qu’horizontalement. C’était tout à fait dans ma conception des sentiments amoureux. Sauf que… nous faisions le même métier. Le package de l’amour intégrait donc des réunions de travail sur l’oreiller. Et au bout de quinze jours il a voulu rajouter l’option belle-famille. Je suis partie en courant.
J’ai ensuite croisé Monsieur Lasurprise-estdanslepantalon. Il était beau, intelligent et avait beaucoup d’humour. Il était surtout immense, la carrure d’un rugbyman. Mais quand il s’est déshabillé pour la première fois, je me souviens m’être exclamé intérieurement : « mais que vais-je faire avec ça ? ». « Ca » mesurait à peine cinq centimètres au repos et guère plus en action. Il avait beau être doué de ses mains et de sa langue, il me manquait quelque chose. Comme quoi on n'est souvent qu’à quelques centimètres du bonheur. C’est là que j’ai commencé à réaliser qu’on pouvait distinguer le corps et l’esprit en matière de relation amoureuse. Si on pouvait apprécier quelqu’un pour sa personnalité et le trouver nul au lit, alors le contraire était aussi possible. Pour en revenir au monsieur, il n’a pas été facile de rompre élégamment sans invoquer la source du problème. Source dont il n’était pas responsable au demeurant.
Après ces trois rencontres, j’ai commencé à voir le sexe autrement. Mais la phrase « Tu es formidable » ne cessait de me tarauder. J’ai commencé à lire beaucoup de récits érotiques, pour la plupart très anciens et exotiques. Je consultais les sites parlant de sexualité, de tantrisme, de tao. Je lisais tous les articles de presse sur le sujet. C’est devenu un de mes sujets de conversation préférés. Je voulais découvrir les mystères des corps et des plaisirs. Faire l’amour était devenu une quête. Le plus dur restait à me persuader qu’on pouvait avoir des aventures purement physiques sans attachement sentimental.
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