Un petit coucou


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Mercredi 8 mars 2006

Pour ceux qui découvrent ce blog, ce texte appartient à un récit inachevé, "L'amour, les hommes et le chocolat" écrit au printemps 2004. Pour lire le début, cliquez sur l'image de droite et laissez-vous guider de lien en lien...

 

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C'est la première fois que je me sens mal après son départ.

Suis-je tombée amoureuse de lui sans m'en rendre compte ? J'avais l'impression qu'il m'appartenait, qu'il n'y avait que moi dans sa vie. Je nous imaginais dans une relation libre et durable. J'avais oublié toutes mes certitudes sur les hommes mariés.

Non, il ne la quittera pas pour moi. Quand elle va sentir qu'il s'éloigne un peu trop, elle lui demandera un enfant et il lui dira oui, parce qu'ils sont déjà ensemble depuis un bout de temps.

Et d'ailleurs, ça m'étonnerait qu'il revienne me voir. Je l'ai embarrassé avec mes questions à la con.

Je me traîne toute la semaine. Je ris, je pleure pour un oui ou pour un non. J'ai mal au ventre. Je peste contre ma gynéco qui m'a changé de pilule. Je ne voulais pas changer moi. Je voulais que tout reste comme avant.

Luis m'appelle.

Ca va, querida ?
Non, j'en ai mare de toutes ses conneries. J'ai besoin d'amour.

Je sais qu'il me comprend. Nous avons le même age, la même sensibilité et deux passions en commun : le sexe et les hommes. Sans oublier la série "Sex and The City" que nous commentons toutes les semaines. On parle des amants qui ne savent pas être tendres, des jeunes qui n'ont plus de repères et qui pratiquent le sexe sans raffinement, du temps qui laisse des petites rides au coin des yeux, de nos corps qui ont changé. On a vieilli sans s'en rendre compte.

Jeudi soir, R. appelle. Je ne réponds pas.

Vendredi, personne n'appelle. J'avais pourtant espéré que... Mais non, il ne viendra plus jamais, j’en suis persuadée.

Samedi, je me réveille avec une forte douleur dans le bas ventre : j'ai mes règles. C'est le pompon ! Ca faisait des mois que je ne les avais pas eu. Je suis maudite.

Le soir, quand je rentre chez moi, je prends une douche, j'avale une soupe et je me couche avec le dernier livre d'Anna Gavalda. Je me laisse porter par l'histoire. Le téléphone sonne à plusieurs reprises. A chaque fois, le numéro de R. s'affiche. Je n'ai envie de parler à personne, je laisse sonner. Les heures défilent. Je me relève plusieurs fois pour me faire du thé, j'entame avec fureur une plaque de chocolat noir.

Histoires d'amitié au pays des abandonnés de la vie. Je dévore les pages du bouquin sans pouvoir m'arrêter. C'est simple, c'est drôle, c'est émouvant. Je ne veux pas le lâcher. Si je le ferme, le silence se fera cruel.

Le jour se lève, il ne me reste que quelques pages à lire. Mais je peux dormir maintenant. Il ne fait plus noir. Trois heures plus tard, un de mes voisins joue les Monsieur Bricolage et me réveille avec sa perceuse. Je me traîne jusqu'à la bouilloire électrique et reviens me coucher avec un thé. Je reprends le livre. Déclaration d'amour sur un quai de gare. J'éclate en sanglots. Je veux qu'on m'aime.

Je reste hébétée au fond de mon lit. Secoue toi ma fille. Tu ne vas pas rester là à te morfondre. Salsa : Raul Paz ! Je chante, je danse, la musique couvre le bruit de la perceuse. Au bout d'un quart d'heure, je tombe épuisée sur mon lit. Je me sens mieux.

Dans l'après midi, je consulte mes mails. D. m'a envoyé une blague. Je ne sais pas quoi penser. Je l'imagine chez lui avec sa petite femme. Le moral retombe dans les chaussettes. Geste désespéré, je me connecte sur le chat de Caramail.

Les messages en privé arrivent de toute part. Ca me ramène deux ans en arrière. Luis a raison, les jeunes ne connaissent pas le raffinement. Pas moyen de discuter de la pluie et du beau temps. Ils entrent sans ménagement dans le vif du sujet. C'en est pathétique. Avant de quitter, je reçois un énième message. Dans son pseudo, le gars annonce la couleur (sans jeu de mot) : BlackMan-1m83-85kg-23x6. Je suis pliée de rire.

On sait à quoi s'en tenir avec toi.
Je n'ai rien à cacher.
Ah oui ? Tu es maqué ?
Oui et non

Je secoue la tête. Ah, les hommes !

Si tu mens tu vas en enfer
Je vivais avec une fille mais c'est fini. Sa mère se mêlait un peu trop de notre vie.

J'apprécie la confidence.

Et toi, célibataire, mariée, des enfants, un amant ?
Divorcée sans enfant. 5 amants.
Hou là ! De la place pour un sixième ?

Ah bravo ! Qu'est ce que je suis en train de faire ? Je sais que je vais me laisser prendre au jeu. Que ça peut finir par une coucherie. Qu'au mieux j’aurai un galant de plus. Mais, pas un amour. On ne débute pas une histoire en parlant de ses amants. C'est bien la peine de chialer toute la matinée pour en arriver là.

 

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Mercredi 1 mars 2006

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Vendredi soir. J'ai le cafard. Je tire la télé dans la chambre et je passe une à une les cent chaînes du câble. Oh, Dumbo, l'éléphant ! C'est un des premiers dessins animés que j'ai vu au cinéma. Je m'encocoonne sous la couette et je replonge en enfance. A dix minutes de la fin, le téléphone sonne. Je ne réponds pas, persuadée qu'il s'agit de R. Une sonnerie m'avertit qu'on m'a laissé un message.

Quand le film se termine, j'interroge la messagerie. Mince, c'était D. ! D'habitude il envoie un texto... Je le rappelle. Il n'était pas très loin de chez moi mais là, il est rentré chez lui. « Je te promets, je viens te voir demain », me dit il.

Il m'envoie un texto vers midi pour une sieste coquine. Mais Nadia est venue me rendre visite. Ca fait longtemps qu'on ne s'est pas vu.  D. ou pas, mes amis passent avant mes amants. J'ai quand même un petit remord à lui dire non. « Dommage », m'écrit il. Soupir.

Samedi soir. C'est foutu, il ne viendra pas. La télé est restée dans la chambre. J'ai envie de m'abrutir. Je zappe. Rien ne m'intéresse mais je continue. Je finis par m'endormir la télécommande à la main. Sonnerie de portable. "Tu veux bien de moi pour la nuit, Fille ?". Je l'adore.

Il s'est fait une entorse à la cheville. Je suis ravie, je vais pouvoir jouer les infirmières. Il s'abandonne à mes bons soins. Pas longtemps, un guerrier reste un guerrier. Il me renverse. Cri de douleur. « Je me demande comment font les cul de jatte », dit il. Je m'esclaffe. Nous rigolons comme deux gamins à chacune de ses tentatives pour trouver une position où il ne souffre pas trop. Son handicap n'altère en rien ses capacités. Savoir qu'on va passer la nuit ensemble décuple mon plaisir.

Vers dix heures du matin, le téléphone sonne. Je me précipite. C'est ma mère. Je m'enferme dans la cuisine pour éviter l'incident diplomatique. S'il se met à tousser, je suis bonne pour un interrogatoire en règle. J'en profite pour mettre de l'eau à chauffer. « Maman, mon thé est prêt. Je raccroche. Bisous ». Je reviens dans la chambre, il me sourit. Il veut bien un café. Non, pas de tartines. Un fruit, pourquoi pas. Je suis sur un petit nuage.

Il allume la télé. C'est un garçon, on regarde les résultats du foot. Je commente la beauté des joueurs, il m'explique la technique. Je m'en fous moi, je n'aime que le rugby. Je le taquine. Je le titille. Au bout d'un moment, il fouille sous l'oreiller, en sort un préservatif. Et c'est dans l'ambiance surchauffée du stade qu'il marque un but magnifique.

Sa cheville le lance. Je vais lui chercher de la pommade. Il me dit qu'il va d'abord aller se doucher. Coup de sifflet final. Je le retiens au lit. Il se laisse faire en riant. Je le mords. "Doucement, j'ai l'inspection en rentrant". Electrochoc. Je l'avais oublié… Elle. Pourtant, je sais qu'elle existe. Alors pourquoi ce trouble... D'un air détaché, je lui demande : "Mais comment tu justifies ton absence de cette nuit ?" Il m'explique qu'elle est allée chez sa mère. Il m'embrasse et se redresse pour aller prendre sa douche.

Attends, je peux te poser une question indiscrète ?
Vas-y.

Je sais que je vais passer une limite mais c'est trop tard.

Pourquoi tu la trompes ?
Je ne la trompe pas, me dit il en riant.
Et les prisons sont remplies d'innocents, c'est bien connu ! Ca fait presque un an qu'on couche ensemble, toi et moi.

Il se rallonge sur le côté.

A vrai dire, je ne sais pas pourquoi. Au départ, c'est parce qu'elle était en voyage.
Mais tu l'aimes ?
Je ne sais pas trop. On se dispute beaucoup.

Et il se met à me raconter des tranches de vie que je ne devrais pas connaître. Je me sens triste.

Tu sais, tout ça ne me regarde pas. Je peux juste dire égoïstement : tant mieux pour moi si elle est chez sa mère.

Je lui fais un clin d’œil et lui donne une tape sur la fesse.

A la douche, Garçon !

Je fais la maligne mais je me suis sentie mal quand il a parlé d'elle. Pourquoi ? Je n'aurais pas du lui poser de questions sur sa vie de couple. Ce n'est pas prévu dans le contrat.

Je suis tellement absorbée par mes réflexions que je n'ai pas remarqué qu'il était sorti de la douche. Il s'assied sur le bord du lit, se passe de la pommade sur sa cheville.

 En fait, je crois que je n'ai pas envie de vivre seul.
On peut se sentir seul en vivant avec quelqu'un. Ou le contraire. Depuis que je te connais, je ne me sens plus seule.

Il me regarde interloqué.

On s'entend bien. On fait l'amour de façon délicieuse. Après chacune de tes visites je me sens sereine. Ca suffit à me rendre heureuse.
C'est vrai qu'on s'entend bien. J'aime bien nos discussions.

Il me sourit. Je lui rends son sourire mais mon cœur a implosé. Quelque chose s'est brisée.



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Jeudi 23 février 2006

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« J'avais rencontré la fille idéale. Une belle métisse au corps parfait, aux jambes interminables. Elle avait beaucoup de classe, s'habillait de façon à la fois sexy et élégante.

Ses parents étaient diplomates. Elle vivait seule à Paris où elle faisait ses études. Ils lui avaient payé un grand appartement vers Saint Lazare.

J'étais fou d'elle. Elle me prenait pour un dieu. J'étais son premier amant. Mais je n'ai jamais pu lui faire l'amour comme il faut. J'ai foiré à chaque fois. C'était trop fort. Je crois que j'ai gâché sa sexualité.

De toute façon, notre histoire était impossible. Ses parents n'auraient jamais permis que leur fille reste avec un pauvre petit manœuvre comme moi, haïtien de surcroît.

Le pire c'est que je ne me souviens même pas de son prénom. »

Cette histoire, beaucoup d'hommes me l'ont racontée. Le décors diffère mais les mots sont les mêmes. Ils ont dans la tête cette fille inaccessible qu'ils ont perdu pour l'avoir trop idéalisée. Certains courent toujours après, comme on court après un bonheur impossible. Les autres ont renoncé et pourront être heureux... avec une autre femme.

 

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Mercredi 15 février 2006

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D. vient me voir après une séance de musculation. Il est affamé. Je lui fais un sandwich pendant qu'il se met à l'aise. Quand j'arrive dans la chambre, il est torse nu. Il est beau. Son corps, sa peau, son sourire. Je m'installe sous la couette. Il s'assied entre mes jambes, s'appuie contre ma poitrine pour manger. On discute. Je ponctue mes paroles par des baisers et des caresses. Moment savoureux.

Il se lève pour ôter son pantalon. Mais il éteint la lumière juste avant. Je suis surprise de sa soudaine pudeur. Il me raconte qu'il a oublié de mettre un slip de rechange dans son sac de sport et a enfilé son pantalon tel quel après la douche. J'éclate de rire. Moi qui aime les hommes qui ne portent rien sous leur jean’s. Mais pourquoi ne l'a t'il pas dit avant ! J'ai envie de lui.

Il s'allonge sur moi. M'embrasse longuement. Me regarde. Je lis le désir dans ses yeux. Mon cœur bât la chamade. Mon bas ventre se met à palpiter. Il enfile un préservatif et me pénètre avec une infinie douceur. Lenteur des mouvements, montée rapide du plaisir. Je jouis. Il pose sa main sur ma bouche pour étouffer mes gémissements. "Chut" murmure t'il. Il me caresse le visage, passe les doigts dans mes cheveux, tire doucement ma tête en arrière. Il embrasse mon cou, mes seins. Il me mord. Frisson de plaisir. Un baiser. Il passe un de ses bras autour de mes épaules, l'autre autour de ma taille. J'enroule mes jambes autour de la sienne. Ses gestes deviennent plus appuyés, plus puissants, plus rapides. Deuxième orgasme, plus fort, plus intense. Je ferme les yeux. Il relâche son étreinte. Quand j'ouvre les yeux, il est en train de m'observer. Son regard m'invite à l'accompagner vers son propre plaisir. Je lui caresse le visage, la nuque, le dos. Mon bassin lui donne le rythme. Accord parfait. Accélération. Il se redresse et, entre plainte et gémissement me dit : "Je vais jouir". Je capte l'énergie de cet instant pour jouir encore une fois, avec lui. Nos corps s'immobilisent. Nos battements de cœur se font écho. Nous restons enlacés dans le silence de la nuit.

Jamais pareil. A chaque fois plus intense, plus troublant. Je suis perdu dans mes pensées. « Tu devrais écrire un livre » dit il. Je le regarde étonnée. Il roule sur le dos. Je m'assieds et lui demande pourquoi un livre. « Pour raconter tes expériences, dire comment tu vis et tu vois le sexe ». Je lui souris. « Je suis en train d'écrire ». Je lui raconte le point de départ de mon récit, que je décris ce que je ressens quand je suis dans ses bras et pourquoi il est un amant exceptionnel. Je lui dis que je parle aussi des autres. Des différences qu'il existe entre eux.

Il réfléchit. « Tu dis que je suis ton meilleur amant. Pourtant je n'ai pas toujours été à la hauteur avec les filles. Si tu parles de moi, j'aimerais que tu racontes cette histoire ». Je me rallonge contre lui et je l'écoute.


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Mercredi 8 février 2006

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Souvent je leur dis qu'ils sont des amants de pacotille. Du temps de leurs grands-pères, avoir une maîtresse impliquait un investissement affectif et économique. Avec eux, rien de tout ça. Ils ne dépensent que le prix de l'essence et des préservatifs. Parfois, j'aimerais qu'ils m'apportent des fleurs ou qu'ils me sortent. On peut toujours rêver. Même s'il y a quelques confidences sur l'oreiller et une certaine complicité, ce qui nous lie, c'est le sexe. Et l'imagination qui va avec. Mon lit est un théâtre où je leur donne la réplique.

Tous différents. Je les aime pour un détail ou pour un ensemble. Pour les sensations qu'ils me procurent, pour la femme que je suis dans leurs bras. "As tu trouvé l'homme de tes rêves ? " Oui, un homme en cinq.

J'adore son côté petit garçon, camarade de jeu, sa tendresse maladroite et sincère. Je suis l'amie avec qui on peut aller plus loin, avec qui il est aussi agréable de partager le plaisir que les idées.

J'adore sa façon perverse de me toucher, de me posséder. Je suis sa putain, la femme qui lui redonne sa fierté de mâle.

J'adore son rire, sa bonne humeur, la légèreté avec laquelle il prend notre relation. Moment de récréation dans une vie bien rangée. Je suis la femme fantasme, la femme sans visage, celle à laquelle il rêve en silence dans le lit conjugal.

J'adore sa façon de me regarder, de m'écouter. J'adore la fraîcheur de ses idées, sa jeunesse, l'avenir qu'il a encore à écrire. Je suis la prêtresse qui lui parle du pouvoir du sexe et de la beauté de l'amour.

J'adore sa façon de faire naître le plaisir chez moi. Sa douceur et sa force. Sa façon d'être, sans préjugés, sans arrières pensées. Il donne à ma vie un goût de liberté. Je suis la femme miroir, le féminin du masculin.

Je ne suis plus la même. J'ai été tour à tour femme exaspérée, femme désespérée, femme blessée. Le temps, les expériences, l'analyse m'ont transformée. Femme libérée ? Personne ne m'a libéré. Je suis libre, c'est différent. Je pense à O. Un homme peut sans doute révéler ce qu’une femme a en elle, mais ce n’est pas lui qui peut la changer.

 

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