Pour ceux qui découvrent ce blog, ce texte appartient à un récit inachevé,
"L'amour, les hommes et le chocolat" écrit au printemps 2004. Pour lire le début, cliquez sur l'image de droite et laissez-vous guider de lien en lien...
C'est la première fois que je me sens mal après son départ.
Suis-je tombée amoureuse de lui sans m'en rendre compte ? J'avais l'impression qu'il m'appartenait, qu'il n'y avait que moi dans sa vie. Je nous imaginais dans une relation libre et durable. J'avais oublié toutes mes certitudes sur les hommes mariés.
Non, il ne la quittera pas pour moi. Quand elle va sentir qu'il s'éloigne un peu trop, elle lui demandera un enfant et il lui dira oui, parce qu'ils sont déjà ensemble depuis un bout de temps.
Et d'ailleurs, ça m'étonnerait qu'il revienne me voir. Je l'ai embarrassé avec mes questions à la con.
Je me traîne toute la semaine. Je ris, je pleure pour un oui ou pour un non. J'ai mal au ventre. Je peste contre ma gynéco qui m'a changé de pilule. Je ne voulais pas changer moi. Je voulais que tout reste comme avant.
Luis m'appelle.
Ca va, querida ?
Non, j'en ai mare de toutes ses conneries. J'ai besoin d'amour.
Je sais qu'il me comprend. Nous avons le même age, la même sensibilité et deux passions en commun : le sexe et les hommes. Sans oublier la série "Sex and The City" que nous commentons toutes les semaines. On parle des amants qui ne savent pas être tendres, des jeunes qui n'ont plus de repères et qui pratiquent le sexe sans raffinement, du temps qui laisse des petites rides au coin des yeux, de nos corps qui ont changé. On a vieilli sans s'en rendre compte.
Jeudi soir, R. appelle. Je ne réponds pas.
Vendredi, personne n'appelle. J'avais pourtant espéré que... Mais non, il ne viendra plus jamais, j’en suis persuadée.
Samedi, je me réveille avec une forte douleur dans le bas ventre : j'ai mes règles. C'est le pompon ! Ca faisait des mois que je ne les avais pas eu. Je suis maudite.
Le soir, quand je rentre chez moi, je prends une douche, j'avale une soupe et je me couche avec le dernier livre
d'Anna Gavalda. Je me laisse porter par l'histoire. Le téléphone sonne à plusieurs reprises. A chaque fois, le numéro de R. s'affiche. Je n'ai envie de parler à personne, je laisse sonner. Les
heures défilent. Je me relève plusieurs fois pour me faire du thé, j'entame avec fureur une plaque de chocolat noir.
Histoires d'amitié au pays des abandonnés de la vie. Je dévore les pages du bouquin sans pouvoir m'arrêter. C'est simple, c'est drôle, c'est émouvant. Je ne veux pas le lâcher. Si je le ferme, le
silence se fera cruel.
Le jour se lève, il ne me reste que quelques pages à lire. Mais je peux dormir maintenant. Il ne fait plus noir. Trois heures plus tard, un de mes voisins joue les Monsieur Bricolage et me réveille avec sa perceuse. Je me traîne jusqu'à la bouilloire électrique et reviens me coucher avec un thé. Je reprends le livre. Déclaration d'amour sur un quai de gare. J'éclate en sanglots. Je veux qu'on m'aime.
Je reste hébétée au fond de mon lit. Secoue toi ma fille. Tu ne vas pas rester là à te morfondre. Salsa : Raul Paz ! Je chante, je danse, la musique couvre le bruit de la perceuse. Au bout d'un quart d'heure, je tombe épuisée sur mon lit. Je me sens mieux.
Dans l'après midi, je consulte mes mails. D. m'a envoyé une blague. Je ne sais pas quoi penser. Je l'imagine chez lui avec sa petite femme. Le moral retombe dans les chaussettes. Geste désespéré, je me connecte sur le chat de Caramail.
Les messages en privé arrivent de toute part. Ca me ramène deux ans en arrière. Luis a raison, les jeunes ne connaissent pas le raffinement. Pas moyen de discuter de la pluie et du beau temps. Ils entrent sans ménagement dans le vif du sujet. C'en est pathétique. Avant de quitter, je reçois un énième message. Dans son pseudo, le gars annonce la couleur (sans jeu de mot) : BlackMan-1m83-85kg-23x6. Je suis pliée de rire.
On sait à quoi s'en tenir avec toi.
Je n'ai rien à cacher.
Ah oui ? Tu es maqué ?
Oui et non
Je secoue la tête. Ah, les hommes !
Si tu mens tu vas en enfer
Je vivais avec une fille mais c'est fini. Sa mère se mêlait un peu trop de notre vie.
J'apprécie la confidence.
Et toi, célibataire, mariée, des enfants, un amant ?
Divorcée sans enfant. 5 amants.
Hou là ! De la place pour un sixième ?
Ah bravo ! Qu'est ce que je suis en train de faire ? Je sais que je vais me laisser prendre au jeu. Que ça peut finir par une coucherie. Qu'au mieux j’aurai un galant de plus. Mais, pas un amour. On ne débute pas une histoire en parlant de ses amants. C'est bien la peine de chialer toute la matinée pour en arriver là.
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