Je me regarde dans le miroir. J'aime l'image qu'il me renvoie ce matin. Mélange de sérénité et de sensualité. D. a passé une partie de la nuit avec moi. Je me sens bien.
J'ai mis longtemps à m'accepter. A l'adolescence, j'avais décidé de cacher mon corps qui jouait au yo-yo avec la balance. Une mère qui me met au régime trop tôt, et plus tard, un mari qui ne supporte pas que je puisse attirer le regard des autres. J'ai longtemps habité un corps androgyne où toutes formes féminines n'avaient pas lieu de transparaître. Quand je regarde d’anciennes photos, je ne me reconnais pas. Cette fille était vieille avant l'heure.
Quelques kilos en trop. Mais non je ne suis pas grosse, j'ai des formes généreuses, c'est tout. Avec le temps, j'ai appris à assumer mes rondeurs. Je suis sauvée par mes un-mètre-soixante-treize qui font dire aux gens que je suis une belle plante (un cactus peut-être). Quand mes vêtements tirent la sonnette d'alarme, je me mets au régime. Certains de mes amants me demandent, l'air de rien, de ne pas trop fondre. Ca m'amuse. Les hommes préfèrent-ils vraiment les rondes ?
En fait, il en faut pour tous les goûts. En matière d'hommes, les miens ont changés. Avant c'était plutôt maigreur romantique. Maintenant, c'est surtout gros nounours musclé.
Vieux réflexe préhistorique, quand un homme m'entreprend ou me dit qu'il me trouve belle, je me demande toujours ce qu'il peut bien me trouver. J'interroge U. Pourquoi m'a t'il choisie, alors qu'il y avait sur cette plage des centaines de filles bien plus jeunes et plus jolies que moi ? "Tu lisais". Sourire. "Et quand je suis venu te parler, tu n'as pas essayé de cacher ton corps, tes seins. Tu m'as regardé droit dans les yeux et tu m'as souri". Il me résume en quelque mots : regard et sourire. (Les seins aussi mais je ne contrôle pas vraiment leur effet psychologique)
Suis-je la Joconde ? Quand les gens me décrivent, ils parlent tous de mon regard et de mon sourire. Autant j’arrive à capter et jouer avec mon regard quand je me regarde dans la glace que mon sourire reste une énigme pour moi.
Regard. Miroir de l'âme dit-on. Moteur de la séduction pour moi. J'adore accrocher celui des hommes dans la rue. Erotisme fugace. Parfois coquasse. Au supermarché, j'avais repéré un gars tout à fait à mon goût. Je le fixe. Ses yeux croisent les miens. Bang bang, je t'ai eu. Je vois son trouble. Puis son affolement. Il se précipite sur sa copine qui a le nez dans les surgelés et l'embrasse goulûment. Paulo qui avait suivi mon manège, éclate de rire :
Briseuse de couple !
Mais non regarde, c'est elle qui empoche les bénéfices.
Je me souviens d’un sourire qui a changé ma vie. Je ruminais encore la séparation avec mon mari. J’étais mal dans ma peau, je me sentais laide. Je broyais du noir. Je marchais toujours la tête baissée. Un jour que j'allais au boulot en regardant mes pieds, je croise un homme dans la rue. Je lève la tête, histoire de ne pas lui rentrer dedans. Quel sourire ! Je n’ai vu que ça. Mes idées noires se sont envolées. Je me suis sentie prête à conquérir le monde. Quelques temps après je me suis abonnée à Internet.
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