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Je sortais de ma séance d’analyse. Je pensais à cet intérêt soudain pour les grands hommes du siècle dernier, aux hommes qui désertent ma vie (disons plutôt aux hommes que je déserte en ce moment), aux deux kilos pris pendant les fêtes, à la soupe de légumes que j’allais me faire en rentrant, à mon envie de lire un roman, au boulot qu’y m’attendait ce week-end, à ce que j’allais écrire pour le blog, au besoin de dormir un peu plus, à l’ongle que je venais de me casser, au froid qui me mordait les pieds, à mon bus qui venait de me passer sous le nez...
Un autre bus arrive mais ce n’est pas le mien. Quand il redémarre, j’entends une voix d’homme qui dit : « c'est incroyable ».
Je me retourne et je vois un vieil africain qui me regarde.
« C’est incroyable, répète-t-il. Deux visages. Celui de la dame qui vient de monter dans le bus et le votre. Le sien dégageait tant d'amertume et le votre tant de sérénité. Un visage comme le votre… c’est rare. Vous m'avez apporté la paix. De vous contempler m'a réchauffé le cœur. »
Je me suis sentie bizarre… surprise par la situation, par la spontanéité de cet homme, par les mots qu’il me disait, par la beauté sage et puissante de son visage.
« Ce sont des paroles comme les vôtres qui réchauffent le cœur, ai-je répondu."
Pas de sourire, juste un regard comme un merci mutuel. Le bus est arrivé. Nous sommes montés, la foule nous a séparé. Mais devions nous continuer à nous parler…

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