
D'abord, je ne l'ai jamais appelé ma Titine. Dès que je l'ai vu, dès qu'elle a été à moi, ça a été ma Caroline. Allez savoir pourquoi...
Un été à bosser, entre leçons de code et de conduite. En septembre, mon permis en poche, j'ai fait le tour des garages de la région. Elle avait déjà dix ans mais seulement 15000 kilomètres au compteur. Une vieille dame presque flambant neuve qui m'a de suite plue.
Sur la voie rapide Martres Tolosane, Toulouse que j'empruntais toutes les semaines pour aller à la fac, j'avais le pied au plancher, luttant contre le vent d'Autan pour atteindre péniblement les 110 kilomètres/heure autorisés. Autorisés pour les autres surtout, j'avais encore mon 90 au derrière.
Quand le vent et la pente étaient favorables, l'aiguille venait se coller tout à fait à droite sur le nombre 145 de la vitesse maximum que pouvait atteindre mon petit bolide. Je n'étais pas peu fière de dépasser dans ma course folle et « tangante » certaines grosses cylindrées. Je notais d'ailleurs mes exploits dans un petit carnet.
La première fois que mon ex-mari est monté à bord, on venait de se rencontrer. Au bout de cinq minutes, il me dit en espagnol : « Tu ne trouves pas que ça sent bizarre ? » Son éducation mexicaine l'empêchait alors de prononcer le mot « merde ». J'allume le plafonnier (c'était de nuit), il regarde le dessous de ses chaussures : horreur !!! Il est devenu rouge de confusion, ne sachant pas comment s'excuser, me promettant que dès le lendemain, il nettoierait les traces laissées sur la moquette.
Voilà comment peut débuter une histoire d'amour !
Il était venu visiter la Vieille Europe. Ayant du temps et un peu d'argent, j'ai décidé de partir avec lui. Dans la Caroline nous avons traversé la France, le Luxembourg, l'Allemagne, fait le tour de la Scandinavie, Finlande et Islande mises à part. Pour échapper aux grands froids (c'était à la fin de l'automne), nous sommes redescendus par la Hollande, la Belgique, avec un petit détour de quelques mois par Londres. Puis direction Barcelone, avec escale à Madrid. Au printemps, nous nous sommes retrouvés dans les champs et vergers de la région de Perpignan afin de renflouer nos économies. Ainsi s'achevait notre périple. Ainsi commença notre vie de couple.
Caroline nous a transporté toutes nos années d'étudiants à Toulouse, le cocker à l'arrière, la tête par la fenêtre, les oreilles battant l'air comme des étendards. Elle nous a déménagée à Paris quelques années plus tard. Comme notre couple, elle s'est essoufflée. Quelque temps après qu'on se soit séparés, elle n'a plus voulu avancer. Quand la remorqueuse l'a embarquée, j'ai eu un gros pincement au coeur...
J'ai encore les clés quelque part au fond d'un tiroir.
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