Au Fou du Roi, sur France Inter, aujourd'hui :Pierre Bergé* : "Il n'y a pas d'heure, il n'y a que des occasions"
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Au Fou du Roi, sur France Inter, aujourd'hui :En allant voir l’Exposition Magritte, j’en ai profité pour visiter le Musée Maillol dans son entier. Je suis allée de surprise en surprise : Matisse, Gauguin, Rodin, Renoir, Cézanne, Ingres, Picasso, Degas, Kandinsky… Encore une belle époque que celle là… Et puis une petite salle étonnante consacrée à un peintre primitif : Camille Bombois. Un style entre celui du Douanier Rousseau et de Bottero. Des femmes girondes et coquines. Des couleurs éclatantes.


Tout à coup, un saisissement. Je me suis retrouvée entourée de nus de femmes d’une sensualité rare et stupéfiante… Je me suis rendu compte que les larmes roulaient doucement sur mes joues quand j’ai senti que le gardien de la salle me regardait avec insistance. « Pardonnez-moi, lui ai-je dis en essuyant mes yeux. Vous travaillez dans un bien bel endroit »… J’ai découvert que ces tableaux étaient de Maillol. Un Maillol que je ne pensais que sculpteur… Je suis restée au milieu de ses peintures puis de ses dessins tout aussi enveloppants, un très long moment, fascinée et émue. Peut-être m’étais-je reconnue dans Dina… ou encore dans Thérèse…
Les deux Dina - A. Maillol
Baigneuse assise - A. Maillol Le grand nu jaune - A. Maillol
Pour ceux qui découvrent ce blog, ce texte appartient à un récit inachevé,
"L'amour, les hommes et le chocolat" écrit au printemps 2004. Pour lire le début, cliquez sur l'image de droite et laissez-vous guider de lien en lien...
Vendredi. Je rentre du boulot et je vois que D. est connecté sur MSN.
Tu passes me voir ce soir ?
Non, j'ai rendez vous avec une fille que j'ai croisé sur caramail. Mais je viens te voir demain.
Mon cœur se serre. Mais qu'est ce que je croyais ? Qu'il allait m'attendre comme un gentil toutou alors que je couche avec d'autres types ? C’est bien moi qui rêvais d’une relation libre et durable. La voilà.
Il faut que je trouve un truc à faire ce soir sinon je vais craquer. L'imaginer dans les bras d'une autre, je ne le supporte pas.
Sortir. Toutes les copines sont en week-end. A croire qu'il n'y a que moi qui bosse le samedi. De toute façon, je n'avais pas trop envie de plan entre filles. Luis est en voyage pour quatre jours. J'appelle O. Je sais qu'il est en plein déménagement mais ça me fera du bien de lui parler. Il a débranché son portable... Je lui laisse un message.
Le téléphone sonne. C'est R. Viens mon garçon. Ce soir j'ai un trop plein d'adrénaline. Corps à corps furieux. Nos peaux sont collées par la sueur. Quand tout est fini, il me regarde bizarrement mais ne fait pas de commentaire. Je prends une douche avec lui. Ou plutôt, en même temps que lui. On ne s'effleure que pour se passer le savon. Pas envie de discuter. Je m'enroule dans un drap de bain et je retourne dans la chambre.
Je m'assieds en tailleur sur le lit et je le regarde s'habiller en silence. Pas de musique. Histoire sans parole. Je le raccompagne à la porte. Baiser rapide. Je ferme la porte. Il la retient :
Tu vas bien ?
Non, mais c'est pas grave. Bonsoir R.
Je suis appuyé à la porte. Je retiens mes larmes. Et maintenant quoi ? Suis-je capable de continuer comme si de rien n’était ? Et si je stoppais tout pour me chercher un gentil garçon célibataire…
Je me couche. Le lit est trop grand. L’espace est trop grand. Je voudrais que quelqu’un me prenne dans ses bras.
La voix chaude de O. me réveille :
Toi tu ne vas pas bien.
Non j’ai le cafard. Je suis trop conne. A mon âge, croire encore au Prince Charmant.
C’est qui le Prince Charmant ?
D… Mais ce soir il est dans les bras de Cendrillon. Il m’en a parlé parce qu’il pense que je suis une fille compréhensive. J’aimerais qu’on m’arrache le cœur sur le champ.
Laisse ton cœur là où il est. Il attend peut être que tu le lui dises ?
Lui dire quoi ?
Que tu l’aimes…
Je sais depuis le début que c’est un amour impossible. On ne vient pas du même monde. En même temps, je l’apprécie parce qu’il est différent.
Laisse venir, peut être que ça marchera.
Mouhai… Je le vois demain soir. Je verrais si j’ai la force de continuer ou si j’arrête avant de trop souffrir.
Ne te prend pas trop la tête. Essaie de dormir un peu.
Je vais essayer. Merci O. Je t’adore.
Je me rendors. Vers deux heures du matin, le téléphone me réveille en sursaut. Le numéro de R. s’affiche. Tiens, il a du oublier quelque chose. A moins qu’il ne s’inquiète pour moi. Ha ha ha ! Au bout du fil, une voix féminine : « J’aimerais savoir qui vous êtes. » Merde ! J’ai une demi seconde pour adopter une stratégie. « Pardon ? » J’essaie de gagner du temps, je la laisse parler, et j’essaie de voir comment m’en sortir.
Je suis la femme de R. Votre numéro est enregistré sur son mobile. Il vous appelle souvent. Et je veux savoir qui vous
êtes.
Pour m’appeler à une heure pareille, vous devez sûrement avoir une petite idée.
…
Je lui dis mon prénom, qu’elle a du lire sur le portable.
J’ai connu R. en boite il y a presque 3 ans. Depuis on se voit de temps en temps.
Pour ?
Je ne vais pas vous mentir, on couche ensemble, rien de plus.
Rien de plus ? Mais quelle salope !
Je la laisse m’insulter. J’en aurais fait autant. Je ne me sens pas coupable. Juste triste. Lâcheté des hommes qui préfèrent tromper leur femme au lieu de les quitter quand ça ne va plus. Orgueil
des femmes qui pensent que les hommes leur appartiennent et pensent pouvoir les retenir en leur faisant un gamin. J’ai vu les yeux de R. s’éclairer quand il m’a parlé de son fils. Et juste après,
s’assombrir en me disant que son fils était tout pour lui et qu’il ne pourrait pas vivre sans lui.
Elle pleure. J'imagine que R. doit dormir pendant ce temps.
Ecoutez, ce n’est pas avec moi qu’il faut régler le problème. C’est avec R.
Vous l’aimez ?
Non, pas du tout. Il peut disparaître de ma vie sans aucun problème.
Je ne comprends pas.
Il n’y a rien à comprendre. Ce n’est qu’une histoire de cul. Il vient me voir comme il regarderait un film porno de temps à
autre.
…
Les questions, il faut les poser à R., pas à moi. Bonsoir, dis je doucement.
Elle ne répond pas. Je raccroche. J’aurais pu lui dire que je suis désolée, que je la comprends. Mais je ne peux pas être l’amie et l’ennemie. Et je n’ai rien à faire dans leurs histoires de couple.
A mon avis, je ne vais pas le revoir d'aussitôt le R. Ce n'est peut-être pas un mal après tout.
Durant cette quête, j’ai rencontré Monsieur Perchistechampionuniversitaire. Une sensualité débordante et curieuse qui me plaisait beaucoup. Un côté petit macho qui m’amusait. Il avait dix ans de moins que moi et n’avait pas encore fini ses études. Les conditions étaient donc idéales pour ne pas s’attacher. Mais c’est bien connu, quand ça nous résiste on s’accroche. Le contrat était pourtant clair, on s’amuse ensemble mais on est libre d’aller voir ailleurs. A la première alerte, je n’ai pas supporté. Larmes d’orgueil vite effacées par le passage consolateur mais néanmoins torride de Monsieur Formidable. Passage unique car Madame…
Quelques temps plus tard, je m’ennuyais chez moi, il s’ennuyait chez lui : « tu veux venir chez moi, histoire de… ? ». Pour lui, trois conditions : une seule nuit, partir avant le lever du soleil, n’en rien dire à la communauté d’internautes que nous fréquentions. Tape virtuelle dans la main, l’affaire était conclue. Même s’il n’était pas tout à fait mon type, j’avais apprécié lors d’une rencontre dans un café son côté lover ténébreux. Ce soir là, il a débarqué chez moi avec une bouteille d’amaretto. Origines italiennes obligent. Dans les jours qui ont suivi, cette bouteille est devenue célèbre sur le net. Nous venions de faire l’amour de façon enivrante. Il était allongé sur le ventre et je lui caressais doucement le dos. A la vue de son sexe dépassant entre ses jambes écartées, j’ai eu envie de… le torturer un peu. De plaisir, il va s’en dire. J’ai attrapé la bouteille qui était en bas du lit et je l’ai posée debout sur son dos. « Si tu bouges, la bouteille se videra ». J’ai enfoui ma tête entre ses cuisses et je l’ai titillé du bout de la langue jusqu’à sentir son sexe se durcir et son désir devenir insupportable. Il a résisté quelques minutes, puis, n’y tenant plus, a attrapé la bouteille, l’a reposée par terre pour se venger avec délice du supplice. Dans les semaines qui ont suivi, j’ai reçu de nombreux messages de jeunes femmes me demandant ce qu’était le truc de la bouteille. Des trois conditions qu’il m’avait imposé au départ, Monsieur Amaretto n’en a respecté aucunes…
Le vrai tournant dans ma sexualité, c’est à O. que je le dois. Pour ceux qui n’ont jamais connu une telle aventure passionnelle, elle sera difficile à imaginer. Dans ses bras je n’étais plus qu’un corps abandonné au plaisir et aux caprices de nos fantasmes. J’ai pris conscience d’un passé, d’un présent et d’un futur. J’ai aperçu l’étendue de tous mes possibles. J’ai pu enfin lire en moi. La sensualité est devenue mon langage universel. Car c’est bien à ce niveau que le changement s’était opéré : j’avais pris conscience de cette sensualité qui était mienne et qui marquait les hommes que je croisais. Dorénavant, faire l’amour n’était plus une question de maîtrise de soi ou de maîtrise de l’autre mais un lâcher prise. Ce n’était plus un enjeu, mais un jeu. Il ne s’agissait pas d’être soumise, juste d’en jouer. Il ne s’agissait pas d’être passive, juste d’offrir à l’autre la sensation d’être actif.
L’expérience avec O. était unique et j’ai vite su qu’elle ne serait jamais renouvelée. Ce constat fut longtemps une souffrance mais il m’a permis d’accepter chacune des rencontres suivantes comme étant unique à leur tour.
Avec le recul je me dis qu’on n’apprend pas à faire l’amour. C’est un ressentir qu’on fait évoluer. Les rencontres peuvent nous faire avancer à condition qu’on soit à l’écoute ou en recherche de changement. Certains parleront d’alchimie en parlant de sensualité. Pour moi, la sensualité n’a rien à voir avec l’autre. Elle est en soi. Que l’autre y fasse écho ou pas est un autre problème. Depuis O. elle est pour moi le critère exclusif dans le choix de mes partenaires. Je sais la voir dans une allure et la repérer dans des paroles dites ou écrites, tout comme je sais appréhender si l’homme que je croise sera un bon compagnon d’intimité. Rares sont les mauvaises surprises.

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