
Tous les retours de vacances portent en eux les tristesses douces et mélancoliques de ces ailleurs, pas forcément lointains, où le corps et l’esprit se sont laissés porter en parenthèse. Tous les retours de vacances ont la déchirure maudite, mais le souvenir sensuel et tendre. On se fabrique des étés, des séjours ou des virées, pour évacuer ou réparer, soigner ou oublier, on se programme aux mêmes périodes, ou alors dans la brièveté d’une surprise mal organisée, des jours ailleurs, des moments différents, des envies autres. J’ai la chance, que dire, le privilège de revenir de Bolivie, la sud Amérique pour fantaisie de voyage, un accomplissement de rêve ancien, une aventure à saisir. D’un autre continent, de l’au delà d’un océan, du long en large de la planète, j’aurai voulu en faire un récit, une chronique, parsemer ici ou là, les couleurs découvertes, les parfums enivrants, j’aurai pu, raconter à ma façon, mon épopée de l’ailleurs, sur les terres et sentiers battus, dans les dunes ensablées, dans ces marchées aux allées bruyantes, aux éclats ravageurs, j’aurai pu vous parler encore de celui qui m’accompagnait en ces territoires. L’aimant, l’amoureux, l’amant, mon seul billet d’aller, l’unique passeport à présenter, à invoquer, le visa pour les au delà à deux.

J’ai visité Santa Cruz, et rien que le nom en soi vous portera dans l’exotisme des lieux. J’ai fait escale à Sao Paulo, et ce sont toutes les audaces brésiliennes qui soudain vous infligeront des images de l’étranger. J’ai mangé des tablées de viandes argentines, bu des gorgées de Caïpirinha, me suis laissé envoûté aux sons des lascives mélopées latines.
J’ai fait l’amour dans la moiteur des nuits de l’hiver là-bas, cet hiver à rivaliser avec nos canicules étouffantes, j’ai fait l’amour et ne réalisais pas alors ma chance, les faveurs et la grâce de tout cela.
J’ai vu à chaque coin de rue, tantôt l’enfant alité à même le sol, à la tête de ce grand sac d’oranges, pressées ardemment par une mère nécessiteuse. J’ai vu, dans un fleuve rougeâtre la petite fille se baigner nue, comme toutes les enfants du monde. J’ai vu les gosses miséreux et toute la douceur dans leurs yeux, malgré le rien, l’ennui et les espoirs vaincus. J’ai vu ma vie, à côté de ceux-là, ma vie que j’emportais en bagage, devant leurs yeux envieux, et ne réalisant pas, tout égoïste que je suis, le privilège de ma condition.

Il ne suffira pas de se présenter en inconnu pour s’inventer le malheur. Il ne suffira pas non plus de parcourir le monde pour s’infliger des souffrances. Peines et douleurs seront égales et similaires là où nous irons. Les yeux grands ouverts, on ne fera qu’apprendre de l’autre ce que nous possédons que trop mal, que nous sommes résolument incapables d’acquérir. C’est certain, je n’ai pas été heureux durant ce séjour. C’est certain, il ne fallut pas sauter d’un continent, de deux, de tous ceux que l’on voudra, pour trouver, au plus loin soit-il, la révérence au bonheur. Mes peines furent les mêmes, les évidences aussi criantes, et le constat flagrant.
Je reviens de Bolivie, comme l’on revient d’un séjour en Picardie, je reviens des Incas comme si hier j’avais serré la main de mon voisin. Alors certes, les images, les souvenirs sont en fête, mais il ne faudra plus fuir, il ne faudra même pas se préjuger capable ou vainqueur. La solution est au creux de la larme qui tarde à s’écouler, elle n’est pas dans le sourire de l’inconnu. Un jour, je retournerai en Bolivie.
Texte Posté par David
Dans la rubrique "Les Invités De Madison"
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