Un petit coucou


boîte à mots

Dimanche 11 décembre 2005
 
 
P. aurait du être l’amant parfait. Mais il n’a jamais su me comprendre.
 
Après notre première rencontre, il me téléphone. Je le trouve sympa. Son accent me fait craquer. Sa façon de m’appeler Princesse me fait fondre. Il demande s’il peut passer me voir, je suis ravie.
 
Mais là, premier couac ! Il arrive avec son cousin ! Ben voyons ! Je les installe sur le canapé, me plante devant eux :
 
On va mettre les choses au clair dès le départ. Si vous êtes venu dans l’intention de (me) baiser, il va y avoir un problème. Ici, c’est moi qui dicte les règles du jeu. Je n’aime pas qu’on m’impose les choses et qu’on me manque de respect.
Mais, quand je suis venu avec M…
M. c’est M. Il en a eu pour son grade, t’inquiète. Ici ce n’est pas le secours populaire ni une maison close. Je choisis avec qui je m’allonge.
 
Le cousin est très mal à l’aise. Il lance à P. :
 
Tu m’as dit qu’elle était d’accord alors que tu ne lui avais même pas demandé son avis ? Non mais, ça ne se fait pas ça.
 
Il me regarde :
 
Je vais partir. Je suis vraiment désolé.
Ce n’est pas à toi de t’excuser.
Désolé, dit P., je pensais…
Tu pensais mal.
 
Devant la compréhension du cousin, ma colère s’apaise. Comme j’ai quelques notions d’hospitalité, je lui propose un café avant qu'il ne parte.
 
P. est enfoncé dans le canapé. Il n’ouvre pas la bouche. Je discute avec le cousin. On commence à parler informatique. Il veut voir mon PC, on va dans ma chambre. P. ne bouge pas. Je détaille le cousin. Il a un sourire à faire damné une bonne sœur. Il n’est pas très grand mais sa carrure est un appel au crime. Il se dégage de tout son être la tranquillité du fauve au repos. Dans la pénombre de la chambre, il serait facile de l’embrasser. Mais non, je ne reviendrai pas sur ma décision. Il propose de communiquer par e-mail. J’opine. Il écrit son adresse sur un post-it. On repasse au salon. Il me fait la bise, salut son cousin qui réagit à peine et nous laisse.
 
Je me glisse dans les bras de P. Je n’ai pas envie de discuter de ce qui s’est passé. Tout en l’embrassant, je dégrafe son pantalon. Il passe ses main sous mon tee-shirt. Les vêtements tombent un à un sur le sol. Les mains se promènent longuement, entre douceur et empressement. Il est tel que je l’avais pressenti la première fois. Sa sensualité fait écho à la mienne, nos corps fusionnent. Le monde n’existe plus. Nos gestes sont lents comme pour capter l’essence du plaisir qui nous envahit. Il me regarde jouir avant de jouir à son tour. Nos corps s’immobilisent. Peu à peu les bruits de l’extérieur reprennent leur place.
 
C’est le début de l’été. La fenêtre est grande ouverte. Il se rend compte qu’on est à la vue de mes voisins. En riant, je le prends par la main et l’emmène jusqu’au lit. Dans la chambre, les volets sont fermés. Frontière entre l’effervescence du monde et la langueur des corps enlacés. J’aime faire l’amour l’après-midi.
 
La tête posée sur son torse, je l’écoute me raconter sa vie. Quand il me dit qu’il est haïtien, je lance : « comme K… !». Il se redresse : « Tu connais K... ? » Il se trouve que K. est aussi un de ses cousins. Je lui raconte les circonstances de notre rencontre. Il fronce les sourcils : « Mais alors, pourquoi t’as dit non tout à l’heure ? » Est-ce si compliqué à comprendre ? La frontière entre femme libre et femme facile est si mince dans la tête de certains hommes. « J’ai dit non, parce qu’il n’y a que moi pour décider de ce que je fais de mon corps » Il ne dit rien.
 
Il doit partir. Il prend son travail dans une heure. Il se lève. Il me regarde. « Je ne peux pas partir comme ça. » Son sexe se durcit. Il revient sur le lit. Il me fait l’amour, avec une certaine brusquerie. Possession animale des gestes : « Tu es à moi »
 
J’aurais pu être à lui. Dans son regard, je me sentais une femme désirablement belle. Dans ses paroles, j’étais sa reine. Je sentais mon cœur flancher mais il y avait toujours un mot blessant au bout d’une phrase câline. Il ne pouvait soutenir la teneur de ses sentiments pour moi. Il me laissait des messages passionnés sur mon répondeur. Quand je le rappelais, il usait d’une certaine froideur qui dédisait ses paroles. Il remettait mes autres amants sur le tapis dans toutes nos conversations sans jamais proposer un changement qui lui aurait donné l’exclusivité. Quelques mois plus tard, il me fait une scène : « Je suis ton homme, tu dois faire ce que je te dis ». Je l’ai regardé calmement en secouant la tête : « Tu n’as vraiment rien compris. C’est dommage. Mais ici, c’est chez moi, c’est mon lit, c’est mon cul et personne ne me donne d’ordres. Alors, adieu P. »
 
Pendant quelques semaines, je n’ai plus eu de nouvelles. Puis il a recommencé à m’appeler. Je voyais son numéro s'afficher, je ne décrochais pas. Il a insisté un moment, me laissant des messages désespérés. Je pensais qu’il allait comprendre. Une nuit, il m’a appelé toutes les heures, alternant entre mon fixe et mon portable. Vers cinq heure du matin, n’en pouvant plus, je lui ai envoyé un texto: « Lâche l’affaire, je ne veux plus te voir. »
 
 
publié dans : L'Amour, Les Hommes Et Le Chocolat par Madison
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