Elle était là, debout, immobile dans la lumière rouge du fleuriste de la Place Pereire. Il devait être une heure du matin et je rentrais chez moi. Quand j’ai tourné
au coin de la rue, sa présence m’a surprise. Je me suis arrêtée fascinée par sa prestance, son allure. Elle était juste assez vêtue pour masquer seulement l’essentiel. Elle portait une perruque blonde coupée au carré qui prenait des reflets roses sous les spots de la vitrine. Elle m’a fait penser à Pris,
l’androïde de Blade Runner, conçue pour donner du plaisir. Et comme Pris, elle était là pour offrir ses services aux passants perdus dans la nuit.
Sous la résille de son tee-shirt, j’apercevais ses seins ronds, fermes, parfaits. J’avais envie de tendre la main pour les toucher. J’étais troublée par ce désir soudain. Mes mains se sont
enfoncées dans les poches de mon manteau.
J’ai esquissé un léger mouvement de tête comme pour lui dire bonsoir. Elle n’a pas cillé, n’a pas bougé un muscle, aussi statique qu’un mannequin de plastique. Cela la rendait encore plus
irréelle. J’ai baissé les yeux et repris mon chemin avec la sensation étrange d’avoir rêvé cet instant.

Vendredi soir, alors que je rentrais chez moi, la lumière rouge du fleuriste place Pereire a fait remonter le souvenir vieux de dix ans au moins de cette beauté nocturne. J’ai à nouveau pensé à Pris et au film Blade Runner. Arrivée chez moi, j’ai glissé le DVD, vu maintes fois, dans le lecteur et je me suis endormie sur la musique douce et étrange de Vangelis.
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