Un petit coucou


boîte à mots

Dimanche 13 novembre 2005
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
1998 : quatre ans que je vis seule, quatre ans que je n’ai pas vu un garçon de près. J’ai commencé une analyse : je ne comprends rien aux hommes, je ne comprends rien à l’amour. Je pensais qu’il était éternel, mais le prince charmant s’est tiré. (Il faudrait arrêter de faire croire aux filles qu’il existe)
 
Je décide de m’abonner à internet. Par curiosité, je rentre sur une chat-room. Je prends vite goût aux discussions virtuelles. Je me marre aux bêtises des autres. Je ne les connais pas mais je n’ai plus l’impression d’être seule.
 
A cette époque là, en France, Internet n’était pas le marché du sexe qu’il est devenu. Mais les conversations avaient vite fait de dévier sur le sujet. Derrière un écran, on peut se lâcher. Un jour, on décide de sortir de l’anonymat. Entre habitués, on organisait des rencontres dans des cafés parisiens. On rigolait beaucoup, on se racontait nos vies. Et quand le regard en disait plus long que les paroles, on repartait accompagné, finir la nuit dans un endroit plus intime. Voilà comment j’ai remis le pied à l’étrier.
 
La première fois qu’on fait l’amour après si longtemps, on se demande si on saura encore y faire. Mais c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas.
 
J’ai enchaîné les aventures. J’avais l’âme d’une croqueuse, d’une collectionneuse. J’avais besoin de rattraper le temps perdu. Je ne passais jamais plus de quinze jours sans un homme dans mon lit. Pourquoi quinze jours ? Je ne sais pas, mais c’était pour moi la limite du tolérable. Aucun garçon ne s’arrêtait à la première fois. A l’époque, j’en tirais une certaine fierté. Parfois une relation durait plus longtemps. Mais jamais rien de bien sérieux. Pourtant, je disais que j'aimais tous les hommes avec qui je couchais, du moins j’essayais de m’en convaincre. Au fond, je n’assumais pas complètement cette sexualité. L’éducation a la dent dure : si tu couches sans aimer, tu es une fille facile. Quelle merde ! L’amour est une chose, le sexe en est une autre. Mais ça, je ne l’ai compris que plus tard.
 
On m’avait parlé de O. Il avait une réputation de chasseur. Je ne l’avais jamais croisé, ni sur le net, ni dans nos soirées. Et voilà, qu’il apparaît dans l’encadrement d’une porte. Peau chocolatée, épaules larges, démarche chaloupée, yeux en amandes, petit sourire charmeur, tout chez lui transpirait la sensualité. C’était peut-être un prédateur, mais c’est moi qui allait le dévorer. Je te veux, je t'aurai. (c’est fou ce que le désir rend possessif).
 
Discussion sur le net le lendemain, tout se fait en douceur. Echange érotique à mots cachés. J’aime le moment où l'on sent que l'autre est prêt, qu’il ira jusqu'au bout. Il me demande mon adresse. Il sera chez moi dans la demi-heure qui suit.
 
Je lui ouvre la porte, même image qu’au premier jour. On s’embrasse longuement.
Ton cœur bat vite, dit-il.
Ca prouve que j’en ai un. 
On continue de s’embrasser. Mes lèvres collées aux siennes, je l’attire vers la chambre. 
Attends, j’ai amené un disque.
Nous avons fait l’amour au bord du lit. Il avait encore son blouson sur le dos. Quand il s’est relevé, je lui ai dit :
On se déshabille ?
Je ne me mets jamais tout nu
Chez moi, si.
Je ne me souviens pas à quel moment ça a commencé. Peut-être quand nous nous sommes allongés, nus, l’un contre l’autre. Où quand il m’a pénétré pour la deuxième fois. Mais on aurait dit que nos corps étaient faits l’un pour l’autre. Nos mouvements étaient coordonnées, nos envies équivalentes et notre plaisir sans limite. Nous avons fait l’amour jusqu’au petit matin.
Tu es l’Homme qui a fait de moi une Femme.
Pourquoi tu dis ça ?
Pourquoi ? Parce qu’à partir de cet instant, tout a changé. Ma vision des hommes, de l’amour, du sexe. Chaque fois que nous faisions l’amour, je n’existais plus, je perdais mon âme. Tout se recentrait sur les sensations, le plaisir, la jouissance. En rigolant, je lui disais : il existe des orgasmes intenses, des orgasmes à répétition, avec toi, c’est un orgasme permanent. J’étais folle de ses caresses, de sa créativité, de nos excentricités sexuelles.
 
Mais il n’y avait pas vraiment de place pour moi dans la vie compliquée de O. Notre relation a duré deux mois. Nous n'avions jamais mis de mots sur notre histoire, nos sens avaient parlé pour nous. Dans les mois qui ont suivi, nous avons recouché deux ou trois fois ensemble, toujours la même intensité. Mais il a fallu couper les ponts pour que ma peau oublie la sienne, pour que les larmes arrêtent de couler, pour continuer à vivre.
 
« Les corps se souviennent, tu seras toujours mienne. »
 
Nous nous sommes revu. De plus en plus souvent. Toujours dans des lieux publics. On se racontait nos nouvelles conquêtes. Un soir, il m'a embrassé. C'est devenu une habitude. Il a rencontré une fille avec qui il a refait sa vie. J’ai rencontré celui avec qui je croyais refaire la mienne. J’ai toujours pensé que ce que nous avions vécu dans la passion nous avait donné la possibilité d’aimer à nouveau. Lors de nos rendez-vous, on a continué à s’embrasser. Nos baisers avaient un goût de liberté perdue.
 
Petit à petit, les mots ont remplacé les baisers. Une complicité incroyable c'est installé entre nous. Complicité parfois effrayante, où l'on peut deviner à distance ce que l'autre ressent. « Arrête de lire dans mes pensées » dit-il parfois quand je l'appelle. Et on éclate de rire.
 
 
publié dans : L'Amour, Les Hommes Et Le Chocolat par Madison
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