Un petit coucou


boîte à mots

Mercredi 30 novembre 2005
 
 
Fin septembre, J. m'appelle : "J'ai décidé d'être plus sérieux avec ma copine. Je ne veux plus la tromper. Je voudrais te présenter deux copains. Ils sont cools. Tu peux dire non (encore heureux), n’en prendre qu’un ou faire un lot."
 
T. est à Agadir avec Valérie, R. a laissé entendre qu'on ne se reverrait plus, J. est en train de me faire ses adieux. Je ne veux pas me retrouver seule.
 
Je tombe sous le charme de M. Physique de basketteur, petites lunettes d'intello, beaucoup d'humour. K. par contre, n'est pas du tout mon genre. Trop petit, trop mince. Sa copine vient de le quitter, il n'a pas vraiment envie de faire des civilités. On discute tranquillement. J. me demande à l'oreille s'il peut me laisser en leur compagnie ou s'il les embarque avec lui. Va en paix mon garçon. Je vais m’arranger. Il m'embrasse sur la joue et part. Je ne le reverrais plus. Il m’appellera de temps en temps.
 
La conversation est agréable. Je demande aux deux garçons comment ils se sont connus. M. et J. ont grandi dans le même quartier de banlieue. Ils ont rencontré K. au collège, à son arrivée d'Haïti. Ils sont devenu inséparables. On parle d'Haïti, on dérive sur la Guadeloupe, où les parents de M. sont nés, et on atterrit à Cuba. M. et K. y sont allés l'année précédente. On échange nos impressions sur ce pays. La discussion est passionnée. On parle de Castro, de ses bons et de ses mauvais côtés. M. me déclare que lui et K. sont de vrais communistes. Ils partagent tout. On y arrive ! Je réponds que parfois j'ai l'esprit capitaliste, que j'aime cumuler certaines richesses. Cependant, c’est mon côté humaniste qui me perdra. Je passerais bien un marché exclusif avec M. Mais K. me fait pitié.
 
Tout commence lentement. Trop lentement. K., obnubilé par sa récente rupture, est en panne sèche. Il a beau râler, pester, son sexe a décidé de faire grève (c’est ça la masse laborieuse). Le mouvement social s’étend à toute l’entreprise. Par solidarité, nous arrêtons toute activité. On se rhabille. M. est désespéré, désolé, frustré. Avant qu’il s’en aille avec son camarade syndiqué, je lui glisse à l’oreille :
Ce n’est que partie remise. Appelle-moi.
Je n’ai pas ton numéro.
Demande à J.
Le lendemain, le téléphone sonne. Il propose de se revoir en tête à tête.
 
M. aime faire l’amour comme on aime les fruits natures. Il n’a pas idée qu’on peut les accommoder de différentes façons.
 
D'habitude je reçois mes amants en tenue légère. Comme M. n'est pas un marathonien, je reste habillée, très habillée. Le temps qu'il passe à m'effeuiller fait durer un peu plus nos corps à corps. Une fois nue, je prends les choses en main. Il se laisse faire avec une passivité enfantine. J'adore sa façon de demander une petite gâterie. Très poli, jamais de mot vulgaire, toujours au subjonctif. Les hommes, en général, utilisent plus facilement l'impératif pour ces choses là. Je ne sais pas pourquoi je me suis attachée à ce grand dadais qui ne ressemble en rien à l'amant idéal. Peut-être parce que sa docilité n'est pas feinte comme chez certains. Sûrement parce qu'il compense sa maladresse par de longues discussions et beaucoup de tendresse.
 
Malheureusement M. a un gros défaut : il est pantouflard. A trente-quatre ans, il habite encore chez papa-maman. La vie coule sur lui sans jamais le faire bouger. Il avait une petite amie officielle. Un jour il m’annonce : « Je vais rompre. Je la rends malheureuse. Je ne lui donnerais jamais ce qu'elle attend ». M. n'a pas envie de changer. Sa vie est parfaite telle qu'elle est. La seule chose qui l’enthousiasme, c’est son boulot. Tout le reste lui demande un effort. Au début, il venait me voir toutes les semaines. Maintenant, il m’appelle quand il réalise qu’il y a longtemps qu’il n’a pas fait l’amour.

 
publié dans : L'Amour, Les Hommes Et Le Chocolat par Madison
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