Celui Qui Croyait Au Ciel, Celui Qui N'Y Croyait Pas...

Publié le par Madison

On ne saura jamais ce qui pousse notre nouveau président à brandir la lettre de Guy Moquet comme un étendard en toute occasion. Mais il semble avoir mis tout le monde dans une sorte d'impasse autant morale qu'intellectuelle.

Car effectivement, qui pourrait s'opposer à la lecture de ce témoignage, qui pourrait s'opposer à la transmission aux nouvelles générations de ce pourquoi les précédentes générations se sont battues, qui pourraient ne pas vouloir leur éviter de vivre les erreurs du passé ?

Mais quand cela est proposé comme un exercice imposé, quand cela émane d'une personnalité qui ne partage en rien les valeurs de Guy Moquet et dont la politique l'oppose complètement à ses mêmes valeurs, quand cela est servi comme un élément de plus dans la machinerie bien huilée d'une campagne de communication, il y a de quoi être réticent.


Peut-on résister à cette imposition
quand il s'agit de parler de la résistance ?


Pour ma part, je trouve plus universel ce poème d'Aragon, que j'avais appris à l'école primaire sans en comprendre vraiment le sens : la Rose et le Réséda. Ce poème, Aragon l'avait lui même dédié à Guy Moquet ainsi qu'à Gabriel Peri, Gilbert Dru et Honoré d'Estienne d'Orves, résistants eux aussi.

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fut de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
À la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda



Sur Troisième Génération, une autre lettre, celle de Huynh Khuong An,
mort comme Guy Moquet, un 22 octobre 1941 à Châteaubrillant

Publié dans Lu - Vu - Entendu

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amanda 11/03/2009 18:37

je trouve ce poème d'une tolérance exquise !!!
Chanté par la Tordue, j'en pleurerais...

Boris 22/10/2007 23:11

J'adore ce poème, notamment chanté par Juliette Gréco. Merci.

bdu 22/10/2007 21:39

au fait je me suis permis d'"emprunter" tes pieds.....

pierogod 22/10/2007 19:57

Le problème, en fait je trouve, c'est que cette lettre en elle-même n'apporte rien d'un point de vue historique.
C'est une missive fort émouvante d'un jeune homme qui va mourir mais il faut ensuite rappeler tout le contexte... Ce que tous les profs n'auront peut-être pas le temps de faire...

Farewells 22/10/2007 18:08

Moi ce que je trouve désolant, c'est le Championnat de France de la récupération politique de la lettre de Guy Moquet.

Entre la lecture de Clément Poitrenaud (Dieu seul sait dans quel but), la directive présidentielle, les affiches du PCF, etc, tout le monde veut s'approprier l'image de ce jeune résistant. C'est moche et c'est méprisable.