Etudiants, Diants, Diants...

Publié le par Madison


Je sais, aujourd'hui je devais parler d'amour. Mais voilà, je rentre de la FAC et  je suis en boule.
Je suis en boule parce que les étudiants se battent depuis presque un mois et que tout le monde s'en fout !

Allez, soyez honnêtes, combien d'entre vous sont au courant des manifestations qui se passent cette après-midi dans toutes les grandes villes de France ?
Et combien d'entre vous savent pourquoi ?
... Un petit effort... mais si, vous savez bien, c'est contre la Loi Pecresse !

Si on ne nous bourrait pas le mou avec les aventures du Roi des Mouches[*] représentant de commerce en Chine, grand historien en Algérie ou amadoueur de terroristes en Colombie, ou encore avec Sego écrit un livre, Ségo se fait critiquer par son ex, Ségo veut dompter les éléphants du PS, on pourrait savoir ce qu'il se passe vraiment dans notre pays. Mais c'est vrai que l'avenir des jeunes n'est qu'un tout petit détail comparé à l'enjeu naaaaaaaaaaational que représente cette pauvre-ingrid-mon-dieu-t'as-vu-comme-elle-a-maigri - ben non je l'ai pas vu, je regarde plus la tv -. Attention, je n'ai rien contre Ingrid Betancourt et je déplore ce qui lui arrive, mais merde ! Là ça prend des proportions scandaleuses[**]. - Et je ne suis même pas sûre qu'elle approuverais un tel ramdam -.

La Loi Pecresse dite aussi Loi LRU (loi Relative aux Libertés et Responsabilités) devrait servir à réformer l'Université Française. Et dans le fond, c'est plutot une bonne chose de réformer l'Université. Entre les besoins en matériel et en personnel, les besoins de la recherche et la nécessité de lutter contre l'echec d'une grande majorité d'étudiants (echec de scolarité pour certains et de professionalisation à l'issue des études pour d'autres), il était tant de faire quelque chose. Pour cela, tout le monde s'accordait à dire qu'il fallait renforcer l'autonomie des Universités afin que chacune d'elles puissent répondre au mieux aux besoins qui lui sont spécifiques.
Mais voilà, autonomie ne doit pas avoir la même signification pour les uns et pour les autres. Certains voient dans ce mot un côté décisionnaire, d'autres plutôt le côté économique. Je vous laisse deviner à quelle signification la blonde Pecresse s'attache le plus...

L'autonomie pour ce gouvernement, c'est laisser l'administration des facs[***] dans les mains d'industriels qui ne seront évidemment pas des philanthropes. Ils vont fournir de l'argent, ils voudront des résultats.
Et c'est là qu'on retrouve la bonne politique du chiffre. Il va falloir rentrer dans une dynamiqe de l'évaluation. Evaluer les filières dans un objectif de rentabilité risque d'entraîner la disparition progressive de tout ce qui est Sciences Humaines au profit des filières économiques et technologiques. L'évaluation des enseignements (et des enseignants), toujours dans un but de rentabilité, risque de créer une université à plusieurs vitesses. Les "bons" profs seront amenés à travailler dans les "bonnes" universités. Les "bons" élèves se battront pour aller dans ces "bonnes" universités là.

Il ne faut plus se leurrer, l'égalité des chances a quitté depuis longtemps les bancs de l'école. Et une telle réforme va finir d'enfoncer le clou. Disparue l'université populaire, disparu le plaisir d'apprendre et de s'instruire. Si tu n'as pas les moyens, retourne bosser au fond de la mine.

On pourra toujours me dire qu'évaluer est un besoin. Parfois oui, mais avant d'évaluer, il faut savoir pourquoi. Si c'est dans un souci de rentabilité, il y a des choses qu'on ne pourra pas évaluer. Si c'est pour établir un classement, ce n'est pas valable non plus. - Prennez par exemple un 100m en athlétisme. La différence de chrono entre le premier et le dernier est si infime. Est-ce que ça veut dire que le dernier est complètement nul ? -

Malheureusement, la loi LRU n'est que la partie visible de l'iceberg - et vu que personne ne le voit cet iceberg, c'est plutôt mal barré -. Ce principe d'autonomie et d'évaluation risque d'être élargie à l'enseignement secondaire ainsi qu'à l'enseignement primaire. On évaluera les établissements qu'on aura mis en gestion dans les mains des collectivités territoriales, sur les résultats des élèves. Et tant pis si les élèves de certains quartiers sont dans l'impossibilité d'apprendre parce qu'ils ont la tête pleine des soucis quotidiens. S'ils ne sont pas bons en classe, ils iront dans des bahuts au rabais... ou alors, ils iront eux aussi bosser au fond de la mine avec leurs grands frêres.


Sur le fronton de l'école, trois mots se sont effacés.
Autrefois il était écrit : Liberté, Egalité, Fraternité...



[*] Quand je vous dis qu'il faut arrêter de parler de lui, ça ne fait que servir sa cause et rien d'autre...
[**] A ce propos, je vous conseille l'article de nea sur le pathos.
[***] La représentation des enseignants au conseil décisionnaire va diminuer
et il n'est pas garanti que le Président soit choisi parmi des universitaires.
Il pourra s'agir d'un pur gestionnaire
comme ça c'est souvent vu à d'autres niveau de l'Education Nationale.
Chez les Inspecteurs par exemple.

Et pour finir, une pétition du collectif SauvOnS la Recherche


Publié dans Politiquement Correct

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jlb 07/12/2007 09:08

les facs pourront vendre leur parc immobilier, donc déjà inégalités renforcées entre celles du centre ville et les campus en banlieue (genre Mirail à Toulouse);
elles sont tellemnt à cours de budgets actuellement que les financements privés vont être la seule solution.

Madison 07/12/2007 12:53

Et le problème ne date pas d'hier. Je me souviens de la différence entre Paul Sabatier et le Mirail quand j'étais étudiante il y a... 25 ans (Je les ai toutes deux pratiquées). L'une était poule de luxe, l'autre fille des bas-fonds...

pierogod 06/12/2007 22:44

La dérive dans le secondaire est en marche déjà depuis pas mal de temps avec la non application de la carte scolaire, la mise en place d'options "élitistes" telles que le "chinois" ou la "musicologie" (et c'était le cas du latin), classes dans lesquelles on retrouvera les meilleurs élèves.

Madison 06/12/2007 22:48

Ca ne va aller qu'en s'accentuant malheureusement....

M. 06/12/2007 16:26

Je suis moins radical que toi sur cette réforme : le pouvoir sera avant tout entre les présidents d'université, et (à tort peut-être) je pense qu'ils ne sont pas si mauvais que ça. Bien sûr il y a là une porte ouverte à certains abus, mais bon, je ne veux pas juger des intentions.

Bref, je m'abstiens :/

M.

Madison 06/12/2007 22:47

Comme toi, je suis d'accord si le président reste un universitaire qui connait la complexité d'enseigner... malheureusement, j'ai d'autres exemples de réforme dans l'Educ Nat ou la Santé qui montre que l'intention actuelle n'est pas l'expertise professionnelle mais plutôt la rentabilité économique