
Pourquoi es-tu seule ?
Combien de fois m’a-t-on posée cette question… Il y a une dizaine d’années j’aurais répondu : parce que la vie, parce que l’amour, parce que les hommes,…
Mais aujourd’hui, je sais que la solitude n’est qu’un choix personnel. Inconscient bien souvent, mais un choix.
Je vis seule. Je suis célibataire. Je suis solitaire. Mais je ne me sens pas seule. La solitude est un concept imposé d’un côté par la norme sociale et de l’autre par l’idée que l’on s’en fait.
Socialement justement, j’assume tous mes besoins, quotidiens ou économiques. S’il m’arrivait un coup dur, je peux compter sur ma famille, sur mes amis. Les plus proches habitent de l’autre côté de la rue, les plus éloignés sont à plus de
Mes amants. Ils sont là. Ils savent s’effacer quand il le faut. Ils se font présents si je les rappelle. Même si ce n’est pas de l’amour, leur fidélité m’enveloppe.
L’amour. Il n’est pas présent dans ma vie actuellement. Mais ce n’est pas pour ça que je me sens seule. Si je peux aimer c’est parce que je peux aussi vivre sans l’autre. Le sentiment fusionnel ne fait plus parti de mon paysage amoureux même s’il prend parfois la forme d’un fantasme furtif.
J’ai longtemps lutté pour maintenir à flot des relations amoureuses vouées à l’échec. Je peux encore me battre mais je préfère rester seule qu’être à deux pour de mauvaises raisons. Les enfants, l’argent, le chantage affectif ne sont pas des prétextes suffisants pour rester liée à l’autre. La peur de la solitude encore moins. Et en amour comme sur bien des plans, je ne supporte pas la médiocrité. Rester avec quelqu’un pour de fausses excuses me ferait me sentir bien médiocre.
Quand l’amour refera surface un jour, je ne peux l’envisager que sous la forme : chacun chez soi. J’ai pourtant apprécié la vie commune avec mon mari. Huit années de réelle complicité. Mais c’était un autre temps et j’étais une autre femme. « Etre » en couple ne signifie pas « vivre » en couple. Je veux pouvoir retrouver celui que j’aime lorsque j’en ai envie et non parce que je suis obligée de rentrer le soir au domicile conjugal. Le plaisir et le désir d’être ensemble sans les emmerdes du quotidien. Le bonheur…
Alors la solitude, jamais, vraiment ? Si, bien sur, mais de moins en moins. Et encore, je ne suis pas sûre que ce soit de la solitude dont il s’agit… plutôt le manque, la nostalgie des moments de plaisir vécus avec celui qui n’est plus là.
Comment répondre à : « Pourquoi es-tu seule ? » quand on ne se sent pas seule ?
N’est-ce pas le genre de question qui en dit plus long sur le pourquoi elle a été posée que sur son sens effectif ?
Je la classe dans la catégorie des « quand est-ce que tu te maries ? » qu’on pose aux trentenaires, des « vous allez bientôt faire un enfant ? » pour les couples mariés ou des « quand allez-vous emménager ensemble ? » adressés aux nouveaux couples.
Les mœurs ont évolué mais si on est un tant soi peu hors norme, on dérange, on met en péril l'ordre établi, on questionne l’entourage : « Comment peux-tu être heureux si tu ne vis pas comme moi ? » Souvent sous entendu : « si moi qui suis dans la norme, je n’y arrive pas… »
Alors quand on me demande pourquoi je suis seule, j’ai l’habitude de répondre :
Pourquoi poses-tu cette question ?
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