Un petit coucou


boîte à mots

Lundi 6 mars 2006

Je n’ai pas vu « In the mood for love ». J’ai un problème avec les films à succès, soit je les vois avant qu’ils ne soient encensés, soit je ne les vois jamais. Une réaction aux effets de groupe sans doute.


Wong Kar Wai  a tourné certaines scènes de 2046 en même temps que celles de “In the mood fo love”. Les deux films sont liés mais ne se font pas suite. Malgré sa présentation au festival de Cannes, 2046 a été boudé par le public. Est-ce à cause de son titre futuriste ou de l’étiquette intello qui lui a été collé ? Pour ma part, c’est un peu pour ces deux raisons que je voulais le voir. Je n’en avais pas eu l’occasion jusqu’à la semaine dernière. Je traînais comme une âme en peine au rayon DVD d’un grand magasin. J’allais de présentoir en présentoir sans trop savoir quoi acheter, entre classique et nouveauté, entre envie et curiosité. Je me suis retrouvée face aux films asiatiques et je l’ai vu. Coffret noir en métal, les quatre chiffres en relief. Rien que pour l’objet, je savais que j’allais craquer.

 


Hong Kong, 1966. Chow Mo Wan, un écrivain libertin retrouve un de ses anciens amours, Lulu, qu’il raccompagne à son hôtel, chambre 2046. Le lendemain, quand il veut lui rendre visite, on lui dit qu’elle est partie sans laisser d’adresse. Il aimerait louer la chambre de Lulu mais le patron lui répond que c’est impossible, qu’elle est en réfection. Chow loue la chambre 2047 en attendant. Il apprend après coup, que Lulu a été assassinée après son départ par son petit ami jaloux qui les avait vu ensemble.



Dans la chambre 2047 qu’il a décidé de garder, Chow entreprend l’écriture d’un livre de science fiction situé en 2046. A travers son roman, il fait revivre les femmes qui ont traversé son existence. 2046, devient une ville, un train, une destination.


Le voyageur en partance pour 2046 n’a qu’une idée en tête : retrouver ses souvenirs perdus. Car on dit que rien ne change jamais, à 2046. Mais nul ne le sait au juste, car nul n’en est jamais revenu.

 

Wong Kar Wai ne nous raconte pas les histoires d’amour d’un personnage mais les ratages de l’Amour. Quand les histoires finissent avant de commencer, quand elles arrivent trop tôt ou trop tard, quand elles ne peuvent pas être partagées.

 

Le train 2046, où l’on est accueilli par des androïdes aux émotions différées qui pleurent ou qui rient des heures après en avoir ressenti l’envie, c’est l’amour qui nous a échappé, ce sont les larmes qui coulent après coup, se sont les regrets, les remords… 2046 c’est la réponse à un : « Pourquoi ne peut-on revenir en arrière ? »

 

Wong Kar Wai rend compte de cet impossible de façon métaphorique. Chaque plan ne laisse voir que la moitié de la scène, le reste étant caché par un paravent, l’embrasure d’une porte, le haut d’une fenêtre... La caméra filme les conversations en retrait, la nuque d’un des deux personnages au premier plan laissant transparaître les émotions sur le visage du second. Les moments d’incompréhension amoureuse sont tournés au ralenti : sensation particulière qui plonge le spectateur dans ses propres interrogations amoureuses…

 

2046 c’est l’expression cinématographique porté au summum de son art. Won Kar Wai est sûrement l’un des rares cinéastes à pouvoir encore prétende au titre d’artiste.

 

J’ai maintenant très envie de voir « In the mood for love », mais j’hésite… trouverais-je une continuité dans la beauté, dans la symbolique, dans l’intelligence de filmer de Wong Kar Wai ou vais-je être déçue de ne pas les y retrouver ?


 

publié dans : Lu, Vu, Entendu par Madison
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