
Je ne sais pas écrire !
Cette déclaration peut vous surprendre et pourtant, je ne sais pas écrire… je suis en train d’apprendre.
D’aussi loin que je m’en souvienne, l'écriture a toujours été pour moi une sorte de torture. Dans les petites classes, je souffrais à recopier les leçons sur mon cahier. Et puis il y avait cette satanée orthographe avec ses exceptions embusquées à chaque recoin de phrase. Non, vraiment, je ne prenais aucun plaisir à écrire. C’est sans doute pour ça que j’ai développé une certaine éloquence qui faisait déjà dire à mon prof de français la veille du bac : « De toute façon, à l’oral, tu arriveras toujours à tes fins. » C’est vrai que l’oral ne me pose aucun problème. Je ne suis pas timide et ma logique « mathématique » me permet d’argumenter et de toujours retomber sur mes pattes.
Mathématiques : voilà un mot qui m’a toujours parlé. Compter, calculer, résoudre des problèmes de logique ou des équations ça a toujours été le bonheur. Un jeu sans contrainte. Et jouer reste encore aujourd'hui, un besoin quotidien.
Tout me destinait à une carrière scientifique. Paradoxalement, j’ai eu mon bac E surtout grâce aux matières littéraires. Après l’Université, j’ai éludé tous les métiers techniques qui se présentaient pour choisir une profession dans le domaine des sciences humaines. Plus tard, en découvrant la psychanalyse, du divan à la théorie, j’ai compris qu’il n’y avait pas à choisir entre les sciences et la littérature, pas plus qu’entre le fromage et le dessert.
Cette acceptation c’est d’abord effectué inconsciemment à un tournant de ma vie de femme. C’était il y a deux ans. J’ai commencé à écrire sans trop savoir pourquoi. C’était devenu un besoin. Alors que je n’avais jamais écrit de journal intime, mes écrits en prenaient l’apparence. Sans être vraiment thérapeutique, cette démarche me permettait d’y voir plus clair dans mon passé et dans mes désirs futurs. Après avoir couché l’essentiel sur le papier, ou plutôt sur l’écran par clavier interposé, j’ai laissé tomber l’exercice. Le temps d’écrire avec les yeux, avec les lèvres, avec le corps tout entier, une histoire d’amour à quatre mains. Tous les styles littéraires ont été éprouvés, du A majuscule au point d’interrogation final…
Comme réponse à la page vide laissé par cette histoire, à nouveau l’écriture. Mais cette fois, je n’avais pas envie que mes textes restent enfermés. Les mettre en ligne m'est apparu comme une solution évidente. Entre intime et public, un côté anonyme, et quelque chose d’à la fois éphémère et éternel. De l’écriture souvenir, je suis passé à l’écriture quotidienne. Perspective nouvelle : le bonheur d’aligner les mots pour rire ou pour pleurer, pour raconter ou inventer, pour anticiper ou se rappeler.
Aujourd’hui, le plaisir d’écrire est là, bien présent. Je n’en suis pas encore à l’écriture spontanée ou automatique. Il me faut du temps pour mûrir mes phrases et donner forme à mes pensées. Mais c'est de plus en plus fluide, de plus en plus facile.
Non, je ne sais pas encore écrire, mais grâce à ce blog et aussi grâce à vous qui me lisez, je suis en train d’apprendre.
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