Politique De Rue En Deux Actes

Publié le par Madison

1er acte :

La date : vendredi dernier vers midi.
Le lieu : le Franprix à côté de chez moi.
Les personnages : La caissière, un ouvrier, une mamie avec un caddie, une cinquantenaire avec un tablier de cuisinière et moi.

Je suis en train d'emballer mes courses. L'ouvrier, juste après moi attend pour payer sa bouteille de coca. Alors que j'ai la tête dans mon sac pour chercher ma carte bleue, j'entends une voix féminine qui dit : "Passez devant moi madame, j'ai le temps, je suis à la retraite. Et vous, ça se voit que vous êtes au travail". Je lève la tête et aperçoit la mamie avec son caddie qui parle avec la cinquantenaire qui a les bras chargés de pain et de jambon sous plastique.
"Et oui je travaille ! J'ai écouté notre président qui a dit de travailler plus pour gagner plus. Et comme en plus il veut que les séniors travaillent et bien, j'ai rempilé !"
Je ne peux m'empêcher de marmoner : "Encore faut-il gagner plus en travaillant plus !"
La caissière qui m'a entendu me dit : "Je suis bien d'accord avec vous". L'ouvrier acquiesse en grognant.
En voyant la face réjouie de la cinquantenaire, je ne peux m'empêcher de lui dire : "Il ne faut pas croire tout ce qu'il vous dit le président. L'an dernier, j'ai travaillé plus et j'ai reversé la moitié de mes gains en impôts."
Elle me répond : "Ce n'est pas plus mal de payer plus d'impôts parfois !"
- J'vais m'la faire, j'vais m'la faire... - <<<== petite voix intérieure...
"Je suis d'accord pour payer plus d'impôts si ça sert à la communauté. Mais vu que ce gouvernement élimine sans état d'âme le service public, vous m'excusez mais je n'ai pas très envie de perdre mon temps à bosser plus pour payer le train de vie du président et de sa cour !"
La caissière, l'ouvrier et la mamie opinent du chef. La cinquantenaire se sent tout d'un coup en pays ennemi et devient rouge comme une tomate. J'ai fini de payer. Je prends mon sac - écolo le sac hein ! - et je tourne les talons en lançant un "bonne journée messieurs dames" guilleret.

Il n'y a pas de petites victoires !

2ème acte :

La date : samedi dernier vers midi
Le lieu : le bus
Les personnages : une femme qui habite mon quartier et que je n'avais pas vu depuis longtemps et moi.

"- Comment vas-tu ? Tu bosses toujours au même endroit ?
- Non j'ai changé de boulot il y a trois ans, je travaille maintenant juste à côté de chez moi.
- Ca c'est génial de ne plus avoir à subir les transports. Moi, je bosse maintenant à...blablabli, blablabla,..."

Pendant qu'elle me parle j'essaie désespérément de me rappeler pourquoi on l'avait obligé à demander sa mutation. Une sombre histoire... mais laquelle ?
"- ... blablabli, blablabla,... Il n'y a pas beaucoup de commerces dans notre quartier. En fait il n'y a que des épiceries."
Je rigole car malheureusement, à part ça et les pharmacies, c'est vrai qu'il n'y a pas grand chose.
" - D'ailleurs ce n'est pas normal. Ils bossent tout le temps même la nuit et les weekends !
- Je trouve ça plutôt pratique au contraire."

Mais en même temps, avant même qu'elle ouvre à nouveau la bouche, je vois où elle veut en venir et me rappelle d'un coup pourquoi elle avait été invitée à aller voir ailleurs.
" - Oui, mais nous les Français, on ne nous laisse pas bosser le weekend alors qu'EUX, ils font ce qu'ils veulent !"
Mon sang ne fait qu'un tour :
" - D'abord, ils sont français comme toi et moi. Et ensuite, ils sont propriétaires de leur commerce. Voilà pourquoi ils bossent comme ils veulent quand ils veulent. Par contre, et ce, comme touts les commerçants en France, sauf autorisation de la préfecture, ils n'ont pas le droit d'obliger leurs employés à bosser le dimanche ou la nuit. Il faudrait peut-être arrêter de taper bêtement sur les étrangers ! Si tu veux bosser le dimanche et la nuit, t'as qu'à ouvrir une épicerie !"
Sur ce, j'appuie sur le bouton d'arrêt et je me leve pour aller me planter devant la sortie.

J'avais juste oublié qu'elle votait Front National. J'avais juste oublié qu'elle avait proféré des insultes racistes envers une collègue. J'avais juste oublié qu'il n'y avait en elle que très peu d'humanité. Mais la prochaine fois, je n'oublierai pas de lui tourner le dos.

Publié dans Politiquement Correct

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pierogod 30/09/2008 13:03

"rempilé" à la cinquantaine ?! Clair qu'elle comprendra vraiment quand elle aura la soixantaine bien tassée et pas encore ses annuités...

Madison 01/10/2008 21:30


... et oui...



monbricabrac 24/09/2008 08:24

Ce genre de remarque (et de con****) est malheureusement très répandu:(

Madison 24/09/2008 12:55


c'est pour ça qu'il ne faut pas laisser passer



Lili 23/09/2008 21:32

J'adore ta répartie!!! :))

Madison 24/09/2008 12:57


merci ma Lili Belle



Mimisan 23/09/2008 14:33

Excellent billet.
Bisous

Madison 24/09/2008 12:59


Merci Mimisan

Bisous



Alain 23/09/2008 13:04

complète adéquation entre nous Madison ....nos points de vue sont identiques ....et ca me rassure un peu qu'il y ait des gens qui pensent comme moi. je me sens moins zombie ...
Les supermarchés sont très droles pour ca ..Une caissière me disait un truc "ha mon pauvre monsieur !" je l'ai interomptu en disant " ha !! ne me parlez pas de pauvres depuis que je suis à l'UMP !" le type derrière moi a failli s'etouffer .. moi aussi je venais de gagner une victoire (la caissière était hilare) ....

Madison 24/09/2008 13:00


mdr Alain !