De La Psychanalyse (1ère partie)

Publié le par Madison







Dans quoi je me suis embarquée ! Cela fait quatre jours que j’essaie d’écrire ce fichu article sur la psychanalyse promis depuis mardi. Envie de partager. Peur de trahir. Besoin de rester précise. Refus de faire du dogmatisme ou du prosélytisme. Je relis vos commentaires, j’écris, j’efface mais rien ne vient. Ce matin je me dis : « Freud a découvert les mécanismes de l’association libre, et, en partie grâce à ça, la psychanalyse. » Alors j’ai décidé de suivre la chronologie de vos réflexions et questions et d’y répondre du tac au tac.

 
« ... la psychanalyse, à laquelle je m'intéresse depuis assez longtemps, est par nature assez subjective, et un terrain mouvant dans lequel il faut s'aventurer avec prudence (d'un côté comme de l'autre lors d'une analyse, surtout du psychanalyste). Mais c'est une exploration formidable si l'on est entre personnes disposées et compétentes : le psychanalyste, et l'occupant(e) du divan s'il (elle) joue le "jeu"... » (Dominique)


S’il y a bien un terme qui désigne la psychanalyse c’est celui-là : « subjectivité ». En effet, la psychanalyse est la science du sujet. Même si elle admet de l’universel (l’inconscient, la répétition, la pulsion, le désir, l’identification…) elle considère chaque sujet et son histoire comme uniques. Un évènement, une rencontre, un mot prononcé même s’il est vécu par plusieurs au même moment n’aura jamais la même résonance chez chacun (exemple : les enfants d’une même famille n’auront pas le même caractère, la même vision de leurs parents, les mêmes souvenirs d’un même évènement familial, etc.) C’est pour ces raisons que le seul à pouvoir interpréter un rêve est le rêveur lui-même. C’est aussi pour cela qu’un psychanalyste (digne de ce nom) ne doit pas guider le patient dans ces actes en s’appuyant sur des standards psychologiques (du type si A+B alors C). Il est juste là pour lui signaler les points importants dans ce qu’il vient de dire, lui signaler ce qui est dit derrière les paroles. (Signaler n’est pas dire ou expliquer)
Pour ce qui est de la prudence en analyse ou de jouer le jeu, il est évident que du côté des psychanalystes comme dans beaucoup de professions, il y en a de moins scrupuleux ou de moins compétents que d’autres. Mais une analyse est aussi de la responsabilité du patient. On fait cette démarche pour se libérer de quelque chose. Si on reste enfermé dans une relation analytique qui ne fait rien bouger, il faut prendre la décision d’aller voir ailleurs. Comme il y a des analystes inopérants, certains patients le sont aussi à leur manière en choisissant des thérapeutes qui ne les bousculeront pas. On ne va pas en analyse pour « jouer » justement.


« La psychanalyse repose d'abord sur la communication… » (Dominique)


La psychanalyse ne repose en rien sur la communication. On ne va pas en analyse pour tailler le bout de gras. On y parle mais pas avec l’analyste. On se libère par la parole. L’analyste ne joue le rôle que d’un réceptacle vide pas d’un répondant.


« Quand on se connaît mieux déjà, que l'on s'accepte et que les autres vous prennent comme vous êtes, et non pas comme ils voudraient que l'on soit... » (Dominique)


Qu’on ait fait une analyse ou pas, on ne pourra pas empêcher les autres de nous voir autrement que ce que nous sommes ou de vouloir qu’on soit différent. Par contre, après une analyse, on a le moyen de ne pas se laisser enfermer dans le discours ou la vision des autres.


« C'est une belle oeuvre la psychanalyse, qui commence souvent par "celle" que l'on peut avoir la chance de faire avec un (une) ami(e), le (la) partenaire, un proche, avec qui l'on peut parler et qui sait vous écouter... Autrement dit un peu plus d'humanité, de compréhension, de tolérance, et d'acceptation de la différence des uns, peut déjà éviter le divan à d'autres... » (Dominique)


S’épancher sur l’épaule d’un(e) ami(e) n’a rien à voir avec la psychanalyse. On peut parler de compassion, d’écoute amicale, d’empathie, de conseil, quatre attitudes dont l’analyste doit se défaire absolument s’il veut être efficace.
Rien ne peut éviter le divan puisque ce n’est pas une obligation. C’est avant tout un choix. Celui qui fait la démarche d’aller en analyse ne cherche pas à l’éviter par définition.


Dominique, dans un second commentaire, tu insistes sur "l’évitement" possible du divan : « ... deux choses pourraient éviter à bien des patients de passer plus tard sur le divan du (ou de la) psychanalyste.

UN : l'écoute et la tolérance mutuelle entre les gens, qui évite les refoulements et autres frustrations. DEUX : la mise au placard des réminiscences de la vieille éducation judéo-chrétienne, dont les "ravages" sur les corps et les esprits sont souvent du "pain béni", plus tard, pour les psychiatres et les psychanalystes. »


La structuration de l’inconscient n’a rien à voir avec la culture sinon, d’après ton raisonnement, la psychanalyse n’aurait pas de succès en Asie ou en Afrique. Il existe bien sur des parents ou des circonstances qui font que les traumatismes de l’enfance sont plus ou moins terribles. Mais cela n’entraîne pas forcément un besoin de thérapie quelle qu’elle soit. Tout comme il n'est pas nécessaire d’avoir eu une enfance à la Zola pour aller en analyse.


« Car au-delà des véritables problèmes psychologiques (névroses, psychoses, traumatismes, maladies, etc.)… » (Dominique)


Petite précision théorique : pour la psychanalyse, névrose et psychose ne sont pas des problèmes psychologiques mais des structures psychologiques immuables de la vie de chacun. On est soit névrosé (hystérique ou obsessionnel), soit psychotique (paranoïaque, schizophrène, autiste,…) soit pervers. L’influence psychologisante étasunienne a fait passé les termes « psychotique » ou « névrotique » dans le langage courant de façon erronée. Dire de quelqu’un qu’il est névrosé pour dire qu’il est angoissé est une ineptie. Tout comme penser que n’importe qui puisse un jour devenir psychotique et en guérir. Comme le disait Lacan : « N’est pas fou qui veut. »




On va arrêter là pour aujourd’hui, non ? La suite dans les prochains jours. (Merci Dominique, tu m’as donné matière !)
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egolog 14/06/2006 18:44

;-)
...si la vérification se fait une fois, plus une fois, plus une fois, plus une fois...
C'est comme témoigner une fois plus une fois plus une fois au tribunal, ça va gonfler le juge et ça n'aura pas plus de valeur ! De toute façon je n'ai aucune confiance dans les témoignages. Rien n'est plus foireux que la mémoire humaine - et notre talent pour réinventer nos histoires.Pourquoi-tiens tu tant à se qualificatif de science si tu n'y vois qu'un semblant ? Hein ?! Bises

Madison 15/06/2006 13:26

je le défendrais tant que certains le mettront en avant pour dire que puisque ce n'est pas scientifiquen ça ne sert à rien. :-)Mais sans parler du label, la psychanalyse en elle même est très rigoureuse... ce sont les interprétations de la théorie et les extrapolations de pratique qui la rendent fantasques chez beaucoup de pseudos analystes et aux yeux du "public"bises petit calamarPS : pour les témoignages devant le juge, si ce sont plusieurs temoins qui disent la meme chose, qu'il soit gonflé ou non, il pensera quand même qu'il y a un fond de vérité non ? ;-)

egolog 12/06/2006 19:30

Oui, mais la vérification des hypothèses sur le divan... c'est pas une méthode bien scientifique. Tiens, par exemple si on considère que n'est scientifique que ce qui peut être contredit (ie, qu'elle fait l'objet d'une démonstration), comment poser une contradiction à ce qui est subjectif ? Drôle que l'enjeu du label "science" soit aussi important.Tiens, comme je suis un gars curieux, je viens de lire dimanche un mince livre qui est la transciption d'une conférence : "le savoir faire avec l'inconscient, ethique et psychanalise" de J. Rajchman. Il trainait chez moi depuis de années.Intéressant, - bien qu'absolument pas scientifique !! 

Madison 13/06/2006 11:04

pourtant si la vérification se fait une fois, plus une fois, plus une fois, plus une fois... c'est une démarche scientifique non ?Le problème avec le label science c'est que c'est du semblant auquel notre société n'arrive pas à échapper...bises petit calamar

egolog 11/06/2006 13:30

Bonjour,Jimmy : ta référence éthymologique est intéressante, mais si l'on se réfère à celle de philosophie, on apprend que c'est l'amour de la sagesse (grosso modo). Pour autant, l'esthétique, la morale, la philosophie politique, l'épistémologie qui excèdent largement les questions de "sagesse" sont bien des grandes brances de la philo.... Pour ce qui est de la science... je suis un peu rouillé, mais si l'on considère que la science s'intéresse au phénomènes, dans ce qu'ils sont reproductibles ce qui ne pourrait être la cas d'un discipline "subjective" centrée sur le sujet, des epiphénoménes, i.e. non reproductibles.... ;-) Petite facécie ! Surtout que là je suis à fond dans la science façon XIX. La question n'est elle pas plutôt que nombre des discipines désirent être qualifiées de scientifiques, parce que la science ayant élaboré une méthodologie régoureuse, elle est devenue synonyme de vérité ? L'enjeu c'est science = vrai, ce que je dis est scientifique, donc vrai.
Bref, le seul objectif de ce commentaire c'était de poser deux questions : - tout le monde devrait-il se faire psychanalyser ? Rapport à la norme, l'universalité de la discipline, l'association de l'analyse à la quête d'une "guérison" par certain et tout. - la seconde, puisque l'on n'est qu'accompagne, guidé d'une main légère par l'analyste, quelle est cette force (magique ?) de la parole ? Un truc de curé, style eucharistie ? Le fait qu'exprimer c'est admettre ? Et voilà ! Le moindre mérite de cet article n'aura pas été de nous faire gamberger.
BisesSNZ ? est-ce haine, zèbre  ? Post plantéKTX ...

Madison 12/06/2006 13:03

On peut dire que la psychanalyse est une science parce qu'elle a un objet d'étude : l'inconscient et une méthodologie, la vérification des hypothèses se faisant sur le divan. Elle a normalement une éthique sauf que comme toute science non quantifiable, elle est sujète aux extrapolations et aux interprétations.Pour ce qui est des questions, t'as failli passer à la trape lol, je suis en train de rédiger la seconde partie oufffffff

peripherique 06/06/2006 14:10

trop bien même avec un Dess j'apprends des trucs chez toi .... mais je fais un truc assez drôle et peut être inédit a tes oreilles .. je me fais analyser je raconte une vie de fiction et l'analyste me permet d'avancer le roman que j'ecris lors de la visite ... code BAS

Madison 08/06/2006 21:42

il faudra que tu me parles de ça plus précisément ...bises

ZesteDeCitron 05/06/2006 22:11

Voilà un article attendu ... vraiment bien expliqué rien à redire ... j'attend juste la suite =)
Bisous !

Madison 08/06/2006 21:34

La suite... heu.. ce week end peut-etre ?biZou Zeste