De La Psychanalyse (3ème partie)

Publié le par Madison







Et voilà les dernières réponses* :


Psychanalystes et psychothérapeutes, comportementalistes ou cognitivistes, sont les précurseurs des coachs en tout genre qui pullulent aujourd'hui dans le petit monde du développement personnel.
Si la différence entre psychanalystes et psychothérapeutes est flagrante, le résultat obtenu l'est beaucoup moins dans le sens où la démarche a pour point commun, dans les deux cas, un mal être que l'on ne parvient pas à résoudre seul, le terme étant la "guérison" ou la lassitude. (Jimmy)

Historiquement la psychanalyse est précurseur des psychothérapies  en vogue aujourd’hui, cependant ces dernières se sont éloignées du but premier. Même si en analyse on peut observer des effets thérapeutiques (disparition d’allergie, d’eczéma, de bégayement…), on ne parle pas de guérison mais de cure. Alors que les psychothérapies actuelles cherchent à tout prix à éliminer le symptôme (et non le syndrome comme tu le dis dans ton commentaire), la psychanalyse apprend au patient à faire avec.

Exemple simple : admettons qu’un patient se plaint d’être étourdi. En analyse il va chercher les causes de cette « manie ». Quand il les aura trouvées, directement ou indirectement, il pourra « choisir » de ne plus être étourdi. En même temps, il aura découvert ce que le fait d’être étourdi a induit dans sa vie. Il pourra en distinguer les aspects positifs et négatifs. Avec tous ces éléments, il pourra ainsi faire de nouveaux choix.


Vois tu le bout du tunnel ? (Jimmy)

Comme j’ai choisi d’être analyste, le chemin à parcourir reste encore long. Mais je suis plus près de la sortie du tunnel que de l’entrée.


Que penses-tu de cette nouvelle loi qui aujourd'hui oblige un patient à avoir une orientation de son généraliste pour avoir accès à une consultation psychiatrique ? (David)

Vaste débat que celui-la… Le problème est de savoir comment un généraliste peut percevoir le mal-être du patient, quelle opinion et quelles connaissances il a des psychothérapies, etc. D’un point de vue purement psy, je suis contre. On ne peut pas légiférer l’inconscient. A part le patient lui-même, qui peut déterminer ses besoins ? Le généraliste averti peut cependant être un conseil et l’orienter. Pour ce qui est de rendre cette démarche obligatoire, j’émets des doutes.


Nabokov n'aimait pas la psychanalyse car il considérait qu'elle visait, dans sa recherche de déterminisme, à réduire la liberté dont pouvait jouir l'individu, qu'il soit quidam ou plus spécialement auteur, ce qu'il résumait ainsi dans une interview : "Liberté de parole, liberté de pensée, liberté de l'art". (1964) Qu'en penses-tu? (XXI)

Je ne sais pas comment Nabokov a pu associer analyse et déterminisme car c’est justement tout le contraire. Tout comme penser que la psychanalyse réduit la liberté… Que penser de ce qu’il dit sans avoir entendu cette interview ?


Tout le monde devrait-il se faire psychanalyser ? Rapport à la norme, l'universalité de la discipline, l'association de l'analyse à la quête d'une "guérison" par certain et tout. (Egolog)

Est-ce que tout le monde devrait ? Non, mais tout le monde le pourrait. Encore faut-il le désirer. Certains se complaisent (jouissent en langage lacanien) dans la  souffrance. S’ils ne veulent pas bouger, qui ou quoi pourrait les y forcer ? C’est un peu pour ça que les injonctions judiciaires pour que certains condamnés suivent une thérapie sont un peu inutiles sauf si le condamné a le désir de vouloir changer.


Puisque l'on n'est qu'accompagné, guidé d'une main légère par l'analyste, quelle est cette force (magique ?) de la parole ? Un truc de curé, style eucharistie ? Le fait qu'exprimer c'est admettre ? (Egolog)

Freud découvre grâce aux hystériques que la parole peut faire disparaître les symptômes. Il va bâtir sa théorie à partir de ce constat mais ne donnera pas d’explications à proprement dites sur les effets de la parole. Lacan reprendra toute la théorie de Freud du côté du langage. Si pour Freud tout est sexuel, pour Lacan, tout est langage. Pour lui, dans chaque être humain, il y a un sujet parlant. Ce sujet se construit dans le va et vient des paroles qu’il reçoit des autres et de l’interprétation qu’il en fait.

Pour schématiser : le bébé pleure => la mère interprète le pleur en lui donnant à manger ou en le prenant dans ses bras. Le bébé à son tour va interpréter le geste de sa mère et se servira de cette interprétation la fois d’après. A partir de cet échange primaire, le langage se construira de façon exponentielle. Mais la plupart du temps il se construira sur des malentendus. Pour une même parole deux sujets feront deux interprétations différentes. Le langage se tissera donc pour chaque sujet de façon unique même s’il y a une langue commune.

Aller en analyse et parler, c’est tirer les fils de ce tissage qui nous est propre. C’est dénouer certains nœuds présents depuis l’enfance et qui ont été constitutifs. Cette schématisation reste bien sur très simpliste. En poussant plus loin, on peut expliquer ainsi le rôle de l’analyste en tant que tiers nécessaire à ce « démaillage » du langage.

Le curé lors d’une confession a un rôle équivalent. Cependant l’absolution qui dédouane le confessé de ses responsabilités, le maintient dans sa culpabilité. La parole n’est donc pas libératrice. En analyse (parce que l’analyste se place en tiers) la culpabilité est amenée à disparaître car le patient se détache peu à peu du regard et de la parole de l’autre. Le fait de s’exprimer ne suffit donc pas. Il faut un lieu propre, un contexte et un accompagnement adéquat.

 

* Le début : De La Psychanalyse (1ère partie) & De La Psychanalyse (2ème partie)


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Alain 21/06/2006 18:38

La tierce personne, j'allais dire la tierce parole,... c'est bien expliqué comme la théorie de Lacan que je comprends mieux, maintenant. Mais c'est un nouvel abîme de réflexion car si tout est langage est interprétation (et là je crois que j'étais lacanien sans le savoir) la relation même avec le psy est langage et interprétation.  C'est peut-être pour çà que les psy  ne doivent pas trop parler pour ne pas trop conditionner des comportements acquis chez leurs patients ? Il faudrait alors surprendre son patient contamment pour le détourner d'une situation où il pourrait s'installer... ?  En tous cas, good job !

Madison 24/06/2006 00:03

Je vois que tu as saisi le fond de l'histoire même si surprendre n'est pas le terme exact... quoique... l'analyse offre beaucoup d'effets surprenants :-)bisous Alain

Mister K 21/06/2006 01:25

lol, alors je ne souhaites surtout pas t'obliger. c'est la faute à tes trois articles précédents, il ne fallait pas les faire aussi intéressants ;-) et mes questions « obligeantes » en sont la conséquence. Mais ne te sens surtout pas « obligée ». Peace ;-) (et encore bravo pour la qualité et l’objectivité des ces articles, première fois que je m’intéresse d’aussi près au sujet, et ça comble de lourdes lacunes pour moi.) 

Madison 23/06/2006 23:33

ton intérêt m'encourage à répondre. dans la semaine !

Mister K 20/06/2006 11:35

J'ai toujours considéré la psychanalyse comme un fait "culturel" occidental. Cette "discussion" autour et sur ce sujet est très riche en éclaircissements et en repères. J'ai deux questions : 1-) Freud, Lacan, Adler et Jung, quels sont les différences entre leurs approches de la psychanalyse ? 2-) Pourquoi la psychanalyse est-elle autant intégrée dans le système de pensée occidental et beaucoup moins (voire pas du tout) dans d'autres systèmes de pensée (afrique, asie, monde arabe...) ? 

Madison 20/06/2006 15:23

Tu m'incites à faire un nouvel article ! Moi qui me croyait débarassée lolQuestions riches qui demandent réflexion... réponses bientôt ;-)