Un petit coucou


boîte à mots

Mercredi 6 septembre 2006

... suite


[...J'ai ensuite été transporté en fourgon au commissariat de la rue Truffaut et contraint de rallier le Poste en sautillant à pieds joints car ils ont refusé de m'ôter les menottes de cheville, ce qui n'a été fait qu'une fois dans la « salle d'attente », où l'on m'a démenotté pour m'attacher à une barre de fer placée sous le banc avec une menotte au poignet gauche. J'ai alors revu l'agent par qui tout avait commencé [matricule *** *** - service ***], qui affichait un sourire rayonnant de satisfaction et m'a dit « Vous êtes content, là ! » Je lui ai répondu : « Non, c'est vous qui êtes content, visiblement. Vous avez eu ce que vous voulez ! Vous avez votre outrage, bravo!» J'ai serré les dents pour lui faire comprendre tout le mépris que m'infligeait son comportement. J'avais envie de pleurer mais je me suis retenu pour ne pas le faire jubiler davantage.

Un policier a alors pris un cutter pour couper le lien en plastique que j'avais aux chevilles, après m'avoir recommandé de « ne pas lui donner de coup de pied». J'ai dit que je n'étais pas une brute. J'avais très soif. J'ai demandé à avoir un verre d'eau et le policier "*** ***" m'a dit que je boirais un verre d'eau après avoir vu l'Officier de Police Judiciaire qui prendrait ma déposition. J'ai laissé tomber tout bas « c'est vraiment dégueulasse » et le policier "*** ***" s'est alors précipité sur moi [j'avais les mains démenottées] et m'a menotté le poignet gauche à la barre de fer, en prenant bien soin de serrer les menottes le plus fort possible de façon à ce que j'aie le plus mal possible. Il a juste prononcé les mots « et voilà, arrestation ».

Je suis resté seul dans la pièce pendant une vingtaine de minutes, en penchant la tête vers l'entrée pour demander à appeler ma compagne afin de la rassurer et à boire de l'eau, mais il m'a été répété que je téléphonerais et boirais dans le bureau de l'OPJ. Ensuite [mais là, je ne suis pas sûr de la chronologie], on m'a détaché le poignet gauche puis remenotté les mains dans le dos. Un peu plus tard, comme j'insistais pour boire, le chef de Poste, plus humain que les autres policiers présents, a consenti à m'apporter un verre d'eau et m'a aidé à tenir le gobelet pour boire (étant donné que j'avais toujours les mains menottées dans le dos).

J'ai ensuite été conduit devant l'OPJ à l'étage, qui a recueilli oralement mon témoignage et m'a demandé si je reconnaissais l'outrage, en me précisant que l'agent "*** ***" avait été traité par moi de "connard". J'ai dit que c'était possible, que tout était allé très vite et que j'avais complètement paniqué.

L'OPJ m'a précisé que si je reconnais le délit d'outrage je pouvais espérer sortir du commissariat dans les deux heures. Dans le cas contraire, je devrais passer la nuit en garde-à-vue. J'ai donc reconnu l'outrage, en précisant que je trouvais parfaitement inique le fait qu'il n'y avait aucune discussion possible et INTELLIGENTE avec les membres des forces de l'ordre en tenue, avec qui on ne peut jamais avoir raison. J'ai pu constater que l'OPJ était un individu "civilisé" et courtois, contrairement à certains de ses collègues en tenue, dont la brutalité était parfois proche de la bestialité.

On m'a alors fait attendre (menotté à un banc) dans le couloir pendant un quart d'heure, puis un second OPJ, également "civilisé" et courtois a recueilli ma déposition. J'ai fait état de mon métier d'éditeur et écrivain de romans policiers, en précisant que j'avais notamment écrit un roman dont le sujet était une bavure policière. Cette remarque a fait sourire mon interlocuteur, mais c'était le sourire d'un homme intelligent et compréhensif, je tiens à le préciser (et pas un sourire de moquerie). Le seul sujet de discorde avec cet OPJ étant le fait « qu'il faut comprendre les collègues en tenue, qui se font traiter de tous les noms toute la journée, alors forcément, il y a des moments où ils craquent ». J'ai simplement répondu que l'agent "*** ***" avait outrepassé ses droits en me mettant un PV pour une infraction imaginaire et que le délit d'outrage et de rébellion pour lequel j'avais été transporté au commissariat était de sa seule responsabilité, et le résultat de son inconséquence et de son incompétence. J'ai fait part à l'OPJ de mon intention de ne pas me contenter d'attendre ma convocation au tribunal et de déposer une plainte contre l'agent "*** ***".

J'ai ensuite été redescendu (menotté dans le dos) dans la salle d'attente par un policier en tenue très courtois, qui m'a dit à mots couverts qu'il semblait trouver totalement disproportionnée la raison de mon arrestation.

J'ai attendu une demi-heure, le temps que l'OPJ prenne connaissance de la déposition de l'agent et de son collègue, avant qu'on me rende ma liberté. Je suis resté environ 2 h 45 au poste de Police. J'ai retrouvé mon véhicule stationné avenue de Clichy et j'ai pu parler dans un café avec des gens qui avaient été témoins de mon arrestation arbitraire et qui n'en sont pas revenus quand je leur ai dit les raisons pour laquelle on m'avait arrêté.

Quinze heures après ces événements, j'ai mal un peu partout, j'ai vu un médecin qui a pu constater que j'avais été victime de violences mais ce n'est pas cela le plus grave : le plus grave, c'est que j'ai surtout très honte d'être français.] Jean-Jacques Reboux, texte écrit le 25 Juillet 2006


Dans un second mail, Jean-Jacques Reboux m'a informé que fin novembre il sortira une "Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, ministre des libertés policières, candidat à la présidence de la République" dans sa propre maison d'éditions "Après la lune". Il y parle de son cas particulier et va vers le général… avec un glossaire sur la police, le "répertoire" policier et les (faibles) moyens à disposition des citoyens pour se défendre des abus des policiers…

 


publié dans : Pensées, Rêveries Et Autres Elucubrations par Madison
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Commentaires

Envie de vomir !!!
Les saloperies policières ne sont pas nouvelles mais depuis que les forces de l'ordre ont un chef-ministre qui leur dit ouvertement qu'elles seront couvertes dans toutes leurs actions, certains se sentent tout permis.
Je trouve très bien que Jean-jacques Reboux témoigne mais en témoignant seul, il prend le risque de se voir rétorquer qu'il n'est qu'un cas particulier victime d'une brebis galeuse.
Très bien aussi qu'il précise qu'il y a des policiers humains. Qu'on évite de rentrer dans un rapport simpliste gentils citoyens contre méchants flics !
Existe t-il une protestation contre les  violences au sein même des forces de l'ordre ?
commentaire n° : 1 posté par : Cristophe (site web) le: 06/09/2006 13:36:51
Ceux qui connaissent de quoi peuvent être capables certains policiers s'abstiennent de leur répondre et de leurs demander des comptes. Ceux qui se taisent et évitent de la ramener trop  devant certains policiers savent qu'il en existe qui outrepassent allègrement leurs droits.

La justice est une affaire alléatoire. Bienvenue dans le monde monsieur Reboux.

Dire qu'il y a des tas de gens à qui celà arrive très souvent et qui n'ont même pas de véhicules. Simples quidams français, en règle, la peau matte et les cheveux pleins de boucles. Et eux ne peuvent pas faire état du fait qu'ils sont éditeurs où auteurs de romans policiers. Ils ferment leurs gueules et s'adaptent.

Bienvenue dans le monde Monsieur Reboux où les policiers ne sont pas tous des personnages de romans.

L'injustice est répartie de façon assez équitable finalement. C'est tout ce que ce témoignage me laisse en guise de conclusion.

Bienvenue dans le monde Monsieur Reboux
commentaire n° : 2 posté par : Mister K (site web) le: 06/09/2006 16:21:50
scènes de la vie quotidienne...., ça c'est avant les barreaux
imaginez après.....
commentaire n° : 3 posté par : lesyeux (site web) le: 06/09/2006 16:25:45
coucou madison ................vive l'ére sarko.......p'tain on est pas dans la merde si il passe celui la
commentaire n° : 4 posté par : jc (site web) le: 06/09/2006 23:22:07
Si ce Monsieur décrit objectivement les faits, et nous ne pouvons en juger, il s'agit là d'une simple bévue, d'un excès de zèle, d'un petit abus de pouvoir...  ce n'est  pas très grave et, s'il y a lieu, la justice lui donnera raison.
Il existe des victimes d'exactions policières autrement plus atteintes dans leurs chair et leurs dignité par ce type de débordements...

Je trouve que par ailleur, ce type d'affaire arrive à point nommé pour les prémices d'une campagne présidentielle où Ssarkozy sera candidat... c'est un discrédit jeté sur ses opposants dans le sens où cette manoeuvre grossière n'amène rien au débat, il s'agit juste de le salir à travers les actes de ceux dont il a actuellement la charge !

Je hais ce nabot mais ne tiens pas à le voir défait selon ses propres techniques, la France mérite mieux !
commentaire n° : 5 posté par : Jimmy le: 07/09/2006 18:53:37
entendu sur france inter cette semaine: une enquête est en cours pour une affaire de racket  (des policiers parisiens rackettaient des chauffeurs de taxi)
commentaire n° : 6 posté par : michel le: 08/09/2006 17:07:14
je connais msieur Jean-Jacques et vous pouvez être sûrs que sa description est honnête même si elle est forcément subjective. ça fait frémir...
commentaire n° : 7 posté par : Tiphaine (site web) le: 12/09/2006 22:36:02
J'attends de lire la lettre Ouverte ....! J'adhère totalement a ce que l'Information se propage par n'importe quel moyen . Bon courage a ce Monsieur .J'ai lu et je suis révoltée , comme tant d'autres ! @++++
commentaire n° : 8 posté par : wira (site web) le: 16/09/2006 02:07:22

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