Un petit coucou


boîte à mots

Mercredi 12 avril 2006

Pour ceux qui découvrent ce blog, ce texte inaugure la quatrième et dernière partie d'un récit encore inachevé, "L'amour, les hommes et le chocolat" commencé au printemps 2004.

Depuis que j'ai commencé ce blog, je publie un chapitre par semaine. Ce qui est écrit ne  correspond aucunement à ce que je vis actuellement. C'est simplement le récit du chemin parcouru jusqu'à aujourd'hui. Si je devais résumer ce récit :


Première partie : un livre lu une nuit passée dans les bras d'un de mes amants, D... L'alchimie de cette nuit-là, les points communs entre le livre et l'amant ont déclenché chez moi l'envie d'écrire.


Deuxième partie : quelques souvenirs post divorce, une rencontre qui change ma vie : O. C'était en 1999. Puis des rencontres faites à partir de 2001 : R., T., M., D., U. et quelques autres. Ces hommes ont partagé mes moments de plaisirs pendant trois ans, jusqu'à l'écriture de ce récit.

 

Troisième partie : plus axée sur mes ressentirs de femme, mon cheminement à travers ces relations, jusqu'à me rendre compte que...


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Je parle à D. de ma décision de trouver "l’Amour". Il devient mon complice, mon confident. Ensemble, on visite plusieurs tchats. On s’amuse à draguer. Je lui souffle les répliques que je sais attendues par les femmes, il me souffle celles attendues par les hommes. Quand le jeu devient sérieux pour l’un de nous deux, par respect, on laisse en suspens la conversation qui se poursuivra plus tard, sans l’autre.

Avoir avec F. un rendez-vous relève du défit. Nous n’arrivons pas à faire concorder nos emplois du temps. Nous continuons notre dialogue sur MSN. Les mots sont rarement coquins même si la perspective de nous voir un jour reste claire sur ce plan là. Les conversations sont calmes, variées, amicales. Ce mélange libertin et intello qu’il laisse deviner me plait beaucoup. Sa tranquillité face à nos rendez-vous manqués aussi. J’y retrouve ma façon de voir : les choses se font si elles doivent se faire, au moment où elles doivent se faire. Il ne faut rien précipiter.

Je continue ma prospection sur Caramail. Je fais la connaissance de celui que j’appellerai plus tard le petit S. Un gentil garçon de 24 ans que je prends sous mon aile le temps d’une nuit ou deux. Je ne sais pas pourquoi j’ai accepté de le voir. Il ne m’offrira jamais ce que j’attends d’un homme. Peu de temps après il rencontre une fille de son âge. Cela me soulage. Même sans affection particulière, il est toujours difficile de dire : on ne se reverra plus.

Entre temps, je discute avec J-P. Il joue les cadors. Pour l’impressionner, lors de notre premier rendez-vous, je lui relate mes aventures passées. Il semble perturbé par ce que je lui raconte. Il me raccompagne devant ma porte. Ma sœur est venue passer quelques jours, impossible de monter. On reste un moment à s’embrasser dans sa voiture. Les mains se promènent. Impression agréable de revivre certains passages de mon adolescence. Après maintes tergiversations et provocations sur le net, on se retrouve un soir chez moi, pour un deuxième rendez-vous. Ses gestes sont pleins de douceur. Rien à voir avec le côté cru des paroles derrière lesquelles il se cache. Après m’avoir fait l’amour, il me fait couler un bain, me lave et me sèche délicatement. Erotisme sage. Il m’installe dans le lit tendrement, m’embrasse et s’en va. On ne s’est jamais revu, mais une relation affectueuse est née au fil des conversations téléphoniques ou sur MSN.

Ces trois dernières années d’aventures libertines m’ont marquées. Je n’arrive pas à me détacher d’une certaine façon de faire. Il faut que j’arrive à me débarrasser de mes anciennes habitudes. Ne plus mettre en avant mon passé. Même si je suis pour l’honnêteté, il devient évident qu’occulter une certaine partie de ma vie est nécessaire si je veux créer des liens d’une autre nature. Je ne veux pas non plus renoncer absolument à ce côté libertin si l’occasion se présente. Le chemin risque d’être long. Chercher l’amour ne veut pas dire vivre en recluse. Je vais devoir apprendre à composer sans perdre de vue mon but

Je sens bien que ce n’est pas sur Caramail que je trouverai l’âme sœur. Changement de tactique : trouver un site spécialisé. Un gars me parle de Rencontres 2000. Je remplie la fiche d’inscription mais au premier coup d’œil je vois que ce n’est pas ce que je cherche. Le site est sponsorisé par de nombreux sites pornos. Nanas à poil dans tous les coins, photos sado-maso à peine masquées. Les messages que je reçois n’ont rien de sentimental. Je me désabonne rapidement.

J’entends à la radio un type qui parle du succès de son site de rencontres. Son discours a l’air de tenir la route. Je décide d’y faire un tour.

 

 

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Mercredi 5 avril 2006

Pour ceux qui découvrent ce blog, ce texte est le dernier chapitre d'un récit autobiographique inachevé, "L'amour, les hommes et le chocolat" écrit au printemps 2004.

Depuis que j'ai commencé ce blog, je publie un chapitre par semaine. Ce qui est écrit ne  correspond aucunement à ce que je vis actuellement. C'est simplement le récit du chemin parcouru jusqu'à aujourd'hui. Si je devais résumer ce récit :


Première partie : un livre lu une nuit passée dans les bras d'un de mes amants, D... L'alchimie de cette nuit-là, les points communs entre le livre et l'amant ont déclenché chez moi l'envie d'écrire.


Deuxième partie : quelques souvenirs post divorce, une rencontre qui change ma vie : O. C'était en 1999. Puis des rencontres faites à partir de 2001 : R., T., M., D., U. et quelques autres. Ces hommes ont partagé mes moments de plaisirs pendant trois ans, jusqu'à l'écriture de ce récit.

 

Troisième partie : plus recentrée sur mes ressentir de femme, mon cheminement à travers ces relations, jusqu'à me rendre compte que...



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Ce samedi soir, je rentre du boulot, la tête en vrac, le cœur en capilotade. Je ne sais pas comment je vais réagir en voyant D.

Je prends une douche. Je me couche avec un thé brûlant. Et j'attends. Je n’arrive pas à réfléchir à la situation. De toute façon, ce n'est que lorsqu’il sera en face de moi que je saurais quoi faire.

Le bip du téléphone me fait sursauter. Sur l'écran : « Désolé, j'ai un contre temps. Je t'appelle dans la semaine. »

Je suis soulagée. Je fais toujours des âneries quand je n'arrive pas à prendre du recul. Et ce soir, j'aurais sûrement dit ou fait des choses que j'aurais regrettées juste après.

Je repense à tous ce qu'il s'est passé ces derniers temps. Tout ce qui a bougé, tout ce qui a changé. Qu'est ce qui a changé ? Les pensées se bousculent, les souvenirs aussi. Des instants, des images, des corps, des regards, des paroles, des sensations. Rires et larmes, peur et désir, liberté et solitude. Aimer. Est ce que je l'aime ?

J'essaie d'imaginer ce que serait une relation amoureuse avec D. Au fond de moi je sais que ce n'est justement pas imaginable. Alors pourquoi ce remue ménage viscéral ? La réponse devient évidente : oui, je suis amoureuse. Mais pas de cet homme en particulier. Je suis amoureuse au sens virtuel. D. incarne simplement mon désir d’aimer et d’être aimée. Il a agit sur moi comme un révélateur sentimental.  Il marque  une nécessité de passer à autre chose.

La couette m'enveloppe d'une douce chaleur que je croyais perdue. Je ferme les yeux. Sensation de bien être.

Au réveil, je décide d'envoyer un texto commun à tous mes amants. Un petit mensonge pour me faciliter la tâche : « J'ai rencontré quelqu'un avec qui je veux commencer une relation sérieuse. On ne pourra plus se voir. Merci pour tous les moments de plaisir passés ensemble. » Petite hésitation avant de rentrer les noms dans la liste des destinataires. En attendant que je le rencontre ce fameux quelqu'un, dois-je renoncer à ce que m'apporte mon meilleur amant ? Je souris, j'enlève D. de la liste et j'envoie. J'écris un mail à U. lui expliquant qu'il ne pourra pas venir cet été comme prévu.

T. est le premier à répondre : « Fait chier, mais je te souhaite tout le bonheur possible ». Le message de M. arrive juste après : « Sois heureuse ». Dans la semaine, je reçois un mail de U. tout aussi gentil. R. ne se manifestera pas.

D. passe me voir dans la semaine. Saveur de la légèreté retrouvée.

Ainsi s'achève ce que j'ai écrit il y a deux ans. Je suis en train de rédiger une quatrième et dernière partie, celle qui raconte ce qui s'est passé entre mai et novembre 2004. Je ne pense pas aller au delà. Du moins pas ici, pas maintenant, pas comme ça...

 

 

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Mercredi 29 mars 2006

Pour ceux qui découvrent ce blog, ce texte appartient à un récit inachevé, "L'amour, les hommes et le chocolat" écrit au printemps 2004. Pour lire le début, cliquez sur l'image de droite et laissez-vous guider de lien en lien...

 

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Vendredi. Je rentre du boulot et je vois que D. est connecté sur MSN.

Tu passes me voir ce soir ?
Non, j'ai rendez vous avec une fille que j'ai croisé sur caramail. Mais je viens te voir demain.

Mon cœur se serre. Mais qu'est ce que je croyais ? Qu'il allait m'attendre comme un gentil toutou alors que je couche avec d'autres types ? C’est bien moi qui rêvais d’une relation libre et durable. La voilà.

Il faut que je trouve un truc à faire ce soir sinon je vais craquer. L'imaginer dans les bras d'une autre, je ne le supporte pas.

Sortir. Toutes les copines sont en week-end. A croire qu'il n'y a que moi qui bosse le samedi. De toute façon, je n'avais pas trop envie de plan entre filles. Luis est en voyage pour quatre jours. J'appelle O. Je sais qu'il est en plein déménagement mais ça me fera du bien de lui parler. Il a débranché son portable... Je lui laisse un message.

Le téléphone sonne. C'est R. Viens mon garçon. Ce soir j'ai un trop plein d'adrénaline. Corps à corps furieux. Nos peaux sont collées par la sueur. Quand tout est fini, il me regarde bizarrement mais ne fait pas de commentaire. Je prends une douche avec lui. Ou plutôt, en même temps que lui. On ne s'effleure que pour se passer le savon. Pas envie de discuter. Je m'enroule dans un drap de bain et je retourne dans la chambre.

Je m'assieds en tailleur sur le lit et je le regarde s'habiller en silence. Pas de musique. Histoire sans parole. Je le raccompagne à la porte. Baiser rapide. Je ferme la porte. Il la retient :

Tu vas bien ?
Non, mais c'est pas grave. Bonsoir R.

Je suis appuyé à la porte. Je retiens mes larmes. Et maintenant quoi ? Suis-je capable de continuer comme si de rien n’était ? Et si je stoppais tout pour me chercher un gentil garçon célibataire…

Je me couche. Le lit est trop grand. L’espace est trop grand. Je voudrais que quelqu’un me prenne dans ses bras.

La voix chaude de O. me réveille :

Toi tu ne vas pas bien.
Non j’ai le cafard. Je suis trop conne. A mon âge, croire encore au Prince Charmant.
C’est qui le Prince Charmant ?
D… Mais ce soir il est dans les bras de Cendrillon. Il m’en a parlé parce qu’il pense que je suis une fille compréhensive. J’aimerais qu’on m’arrache le cœur sur le champ.
Laisse ton cœur là où il est. Il attend peut être que tu le lui dises ?
Lui dire quoi ?
Que tu l’aimes…
Je sais depuis le début que c’est un amour impossible. On ne vient pas du même monde. En même temps, je l’apprécie parce qu’il est différent.
Laisse venir, peut être que ça marchera.

Mouhai… Je le vois demain soir. Je verrais si j’ai la force de continuer ou si j’arrête avant de trop souffrir.
Ne te prend pas trop la tête. Essaie de dormir un peu.
Je vais essayer. Merci O. Je t’adore.

Je me rendors. Vers deux heures du matin, le téléphone me réveille en sursaut. Le numéro de R. s’affiche. Tiens, il a du oublier quelque chose. A moins qu’il ne s’inquiète pour moi. Ha ha ha ! Au bout du fil, une voix féminine : « J’aimerais savoir qui vous êtes. » Merde ! J’ai une demi seconde pour adopter une stratégie. « Pardon ? » J’essaie de gagner du temps, je la laisse parler, et j’essaie de voir comment m’en sortir.

Je suis la femme de R. Votre numéro est enregistré sur son mobile. Il vous appelle souvent. Et je veux savoir qui vous êtes.
Pour m’appeler à une heure pareille, vous devez sûrement avoir une petite idée.

Je lui dis mon prénom, qu’elle a du lire sur le portable.

J’ai connu R. en boite il y a presque 3 ans. Depuis on se voit de temps en temps.
Pour ?
Je ne vais pas vous mentir, on couche ensemble, rien de plus.

Rien de plus ? Mais quelle salope !


Je la laisse m’insulter. J’en aurais fait autant. Je ne me sens pas coupable. Juste triste. Lâcheté des hommes qui préfèrent tromper leur femme au lieu de les quitter quand ça ne va plus. Orgueil des femmes qui pensent que les hommes leur appartiennent et pensent pouvoir les retenir en leur faisant un gamin. J’ai vu les yeux de R. s’éclairer quand il m’a parlé de son fils. Et juste après, s’assombrir en me disant que son fils était tout pour lui et qu’il ne pourrait pas vivre sans lui.

 

Elle pleure. J'imagine que R. doit dormir pendant ce temps.

Ecoutez, ce n’est pas avec moi qu’il faut régler le problème. C’est avec R.
Vous l’aimez ?
Non, pas du tout. Il peut disparaître de ma vie sans aucun problème.

Je ne comprends pas.

Il n’y a rien à comprendre. Ce n’est qu’une histoire de cul. Il vient me voir comme il regarderait un film porno de temps à autre.

Les questions, il faut les poser à R., pas à moi. Bonsoir, dis je doucement.

Elle ne répond pas. Je raccroche. J’aurais pu lui dire que je suis désolée, que je la comprends. Mais je ne peux pas être l’amie et l’ennemie. Et je n’ai rien à faire dans leurs histoires de couple.

A mon avis, je ne vais pas le revoir d'aussitôt le R. Ce n'est peut-être pas un mal après tout.

 
 

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Mercredi 22 mars 2006

Pour ceux qui découvrent ce blog, ce texte appartient à un récit inachevé, "L'amour, les hommes et le chocolat" écrit au printemps 2004. Pour lire le début, cliquez sur l'image de droite et laissez-vous guider de lien en lien...

 

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Le centre de radiologie grouille de blouses blanches. Ordonnance, carte vitale, salle d'attente, on va venir vous chercher.

J'ai un bouquin dans mon sac mais je sais que je n'arriverais pas à lire. J'ai la trouille. J'essaie de faire le vide. Je regarde les magasines sur la table. On est mercredi, presse people flambant neuve. Je ne connais aucunes des starlettes à la une. 

Mon nom résonne dans la salle presque vide. Je vais avec la petite dame en blanc. Elle m'enferme dans une minuscule pièce. « Vous vous mettez torse nue, je reviens vous chercher. » Je me déshabille. Il y a un miroir. Je regarde ma poitrine. Je la trouve belle. Je passe mes mains dessus lentement. Et si... Non, non, non ce n'est pas possible. Je n'ai rien, je le sais.

La petite dame me fait rentrer dans la salle obscure. Elle me présente l'appareil de torture. Elle manipule mes seins comme des morceaux de viande sur l'étal du boucher. Mais heu ! Ca pince ! « Ne respirez plus ». Merde, elle aurait plus prévenir, je n'ai pas pris ma respiration. Je regarde mon sein aplati sous le plexiglas. Une vraie escalope de veau. L'autre sein. Et maintenant de trois quarts. « Vous retournez dans la petite pièce, j'amène les clichés au docteur qui vous donnera les résultats. Restez torse nu, je reviens vous chercher pour l'échographie. » Mais ! Elle ne va pas m'abandonner comme ça ! Je me mets à pleurer comme une gamine. Je pense à ma grand-mère qui est morte d'un cancer du sein, à ma tante qui sort à peine d'une guérison. Je pense à la mère de O., à ma voisine, à une de mes collègues... Saloperie de maladie. On frappe à la porte. J'essuie mes larmes rapidement.

« Mettez votre blouson, fermez-le bien et prenez vos affaires. On y va ». Traversée des couloirs. Des vieux perdus avec leurs cannes, des femmes aux visages tendus dans la lumière crue. Deuxième petite pièce. « Posez vos affaires et allongez-vous sur la table de la salle d'examen. Le médecin va venir. » Je m'installe dans la pénombre. Sur le mur d'en face est accroché un tableau, une estampe chinoise digne du pire restau de l'avenue de Choisy. Deux petits chats en train de jouer avec une balle. C'est d'un ridicule. J'en pleure. Je voudrais arrêter mais je ne peux m’en empêcher. Ca coule tout seul.

Le docteur arrive. Il me dit qu'apparemment les clichés sont bons. Que l'écho permettra de confirmer. Il me pose les questions d'usage. Il me palpe. Gel froid sur mon sein droit. Il ballade le petit appareil sans ménagement. Je n'ose pas regarder l'écran. Je fixe les chatons. Il examine le sein gauche. Son silence envahit la pièce. Enfin, il ouvre la bouche : « Tout est parfait, Mademoiselle. J'aimerais pouvoir annoncer ça à toutes mes patientes aujourd’hui. » Ah non ! Te ne vas pas te remettre à pleurer, il a dit que tout allait bien.

J'attends mon dossier et je passe à la caisse. Deux cent euros. Le prix de la tranquillité. Je sors. J'aperçois le parc Monceau au bas de l'avenue. C'est une bonne idée. Je vais rentrer à pied. J'entrouvre le dossier et je commence à lire. Antécédents familiaux : grand-mère et tante paternelle. Je sens mon regard se brouiller. Personne ne peut couper les vannes ?

C'est le début du printemps. Le parc est magnifique. Les arbres sont en fleurs. Je regarde des enfants qui jouent. C'est vrai qu'on est dans le VIIIème. Les gosses sont blonds, les nounous sont noires et les rares mamans présentes sont enceintes avec un petit dans la poussette et un autre à peine plus âgé qui court devant. Démographie galopante des quartiers chics. Je rigole toute seule de ma réflexion. Je sors du parc. Je me sens mieux. Un homme me sourit. La vie continue.

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Mercredi 15 mars 2006

Pour ceux qui découvrent ce blog, ce texte appartient à un récit inachevé, "L'amour, les hommes et le chocolat" écrit au printemps 2004. Pour lire le début, cliquez sur l'image de droite et laissez-vous guider de lien en lien...

 

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Nous passons de caramail à MSN. On se lance dans un concours de séduction. Egalité. La conversation dévie. Discussion entre amis.

Je te trouve sympa, tu ne veux pas aller prendre un café ?
Pas trop envie de bouger, je me sens patraque. Un autre jour, pourquoi pas.
T'as une photo ?*

D'habitude je dis non. Mais moi aussi, je le trouve sympa.

Toi d'abord.

La photo de F. ressemble au personnage. Je ne suis pas déçue. Mais je préfère le contact réel pour juger. « Tu es charmante », dit il quand il reçoit la mienne.

La nuit tombe. Je suis saoule d'être restée si longtemps devant le PC. Je lui dis bonsoir, lui promets de rester en contact et qu'on se verrait bientôt.

J'ai froid. Je prends une douche brûlante et je me couche. J'allume la télé. Séquence zapping. Je comate. Bip bip ! Je sursaute. Texto : « Bonsoir Fille, pas envie du câlin hebdomadaire ? » Oh, D. ! Il veut encore de moi. Je « guimauvise » au milieu des draps. Puis je fais la grimace. Je suis maudite ! « Très envie d'un câlin mais trop mal au ventre. Désolée » Allez, il va venir quand même me serrer dans ses bras. Anne, ma sœur Anne, ne vois tu rien venir ? Je ne vois que la grisaille d'une ville moderne où les chevaliers sont morts. « Bonne nuit alors ». C'est ça,... bonne nuit.

Je me réveille tôt. Il faut que je bouge. Mon appartement sent la poussière. Je me lance dans un grand nettoyage de printemps. Je mets une lessive. J'astique ma cuisine. Il pleut averse mais je m'en fous, je fais les vitres. Vers midi, petite pause repas. Léger, je voudrais perdre les deux ou trois kilos pris pendant l’hiver. J'enchaîne par un coup de chiffon sur les meubles, un coup d'aspiro et je commence à cirer mon parquet.

A quatre pattes les idées sont plus claires. J’entame un dialogue avec moi-même. Si je vois F., on va coucher ensemble. Ok. Quel jour ? Pas le week-end, c'est réservé à D. Tiens, depuis quand tu te préoccupes du planning de tes rendez-vous galants ? Est ce que je vais lui parler de F. Et ton principe d'honnêteté ? Ca ne t'a pas gêné de lui parler de U. au retour des vacances. C'est vrai, je ne comprends pas ce qui me prend. Enfin si. S'il est mon meilleur amant, pourquoi aller en chercher un autre. Les larmes coulent sur le parquet. Je les efface avec mon chiffon. Tout à coup, j'éclate de rire. Quelle caricature je fais ! La femme indisposée qui se lance à corps perdu dans le ménage. Il ne me manque plus que les bigoudis ! 

Pour en finir avec le ménage, je fais briller la salle de bain et je me déshabille. Le calendrier des Dieux du Stade est accroché au mur. Les trois rugbymen du mois d'avril m'observent. Je leur fais un clin d’œil et je rentre dans la douche. Je me savonne doucement. Je regarde mes seins pleins de mousse. Je me souviens qu'il faut que j'aille faire une mammographie. « A votre âge il faut commencer à surveiller ». Je m'appuie au mur. L'eau chaude coule sur ma tête. Je ferme les yeux.

 

* En 2004, la version de MSN n’avait pas d’affichage photo.

 
 

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